Agir pour corriger un constat alarmant : les filles désertent les filières scientifiques !


Agir pour corriger un constat alarmant : les filles désertent les filières scientifiques !
@La Tribune
  • 03 Decembre 2022

Agir dès à présent pour inverser la tendance, et retrouver des filles dans les filières scientifiques à la rentrée 2023. Agir également pour développer une politique publique, ferme et ambitieuse, pour  répondre aux enjeux de "France 2030".

La France veut se réindustrialiser, reprendre sa place dans le nucléaire, conquérir la chaîne de valeur  de l'hydrogène, réussir la transition écologique et énergétique, se renforcer dans le digital... Comment  réussir ces défis sans la moitié des talents, les filles, alors que nous avons un manque structurel d'ingénieurs ?

5.000 ingénieurs manquent dans la filière hydrogène, 10.000 dans la filière de l'air et de l'air et de  l'espace, 10.000 dans le nucléaire...chaque année 38.000 nouveaux ingénieurs sont diplômés, alors  qu'il en faudrait 60.000.

Grâce à un travail en profondeur et sans relâche durant les deux dernières décennies, l'effectif des  filles avait augmenté jusqu'à représenter 47% des élèves présentant un bac scientifique.

Selon le collectif Maths et Sciences (1), depuis la réforme du bac en 2019, l'effectif des élèves à profil  scientifique a plongé de 24% pour un nombre stable de bacheliers. Pire, la part des filles a encore plus  baissé : parmi les élèves recevant plus de 6 heures de cours de maths en terminale, l'effectif des filles  a baissé de 61% !

Ces résultats confortent ceux des enquêtes de l'association Ingénieurs Et Scientifiques de France (IESF), ainsi que ceux de Gender Scan montrant un recul significatif des jeunes filles dans les filières  scientifiques. Un corollaire étant qu'en terminale seulement 1,6 % des élèves choisissent la voie des  sciences de l'Ingénieur ! et 2,5 % celle du numérique et des sciences de l'information (2) !

Pour cette filière plus spécifiquement, pourtant source majeure d'innovation et de développement  économique, les écoles, fédérations professionnelles et les entreprises ont multiplié les politiques  d'incitation afin d'attirer plus de femmes vers les métiers du numérique. Pour autant la pénurie de  talents en général et de talents féminins en particulier est toujours aussi chronique et inexpliquée dans  cette filière.

La désertion des filles des filières scientifiques est catastrophique parce que :

>> La mixité est un atout pour la compétitivité de notre industrie et de notre recherche :

  • Le rayonnement scientifique de la France au niveau international ne peut pas se faire en se  passant de plus de 50% du vivier de talents.
  • La réponse à des défis climatiques et sociétaux de plus en plus prégnants, les projets de  réindustrialisation de la France, les enjeux de compétitivité et de souveraineté de la France sur  la scène européenne et internationale, la pénurie de talents à laquelle sont confrontées les  entreprises et tout particulièrement les entreprises du numérique montrent l'importance  grandissante des STIM* dans les formations et parcours professionnels.

>> Tous les grands défis de notre temps nécessitent des équipes mixtes femmes / hommes :

  • Énergies propres, sobriété, intelligence artificielle, informatique quantique, gestion des  données, cybersécurité... sont autant de défis qui façonnent déjà le futur de notre société et de notre économie, et qui concernent, dans toutes leurs dimensions, autant les femmes que  les hommes.
  • Or la pénurie de talents dans les milieux scientifiques et numériques nuit gravement au  développement de solutions à ces défis. Nous ne pourrons donc pas construire une société  prospère et inclusive, sans les ingénieures, développeuses, chercheuses... indispensables, ne  serait-ce que pour éviter les biais de genre dans la conception et l'exploitation des solutions.

C'est pourquoi les membres du collectif signataires de cette tribune appellent à se saisir dès  aujourd'hui de ce sujet pour renforcer les initiatives existantes - qui ont fait leurs preuves - et impulser  une dynamique de changement d'échelle.

Pour agir sur l'orientation des filles afin de les réintégrer dans les parcours scientifiques il est tout  particulièrement indispensable de :

1. Modifier les programmes de tronc commun de 1re et de terminale pour les maths et les  matières scientifiques, mais aussi attaquer le sujet dès l'école primaire et les premières années  du secondaire.

2. Renforcer les actions systémiques de formation de la part de l'éducation nationale envers  les professeurs et notamment les professeurs principaux en charge de l'orientation pour les  former aux sciences, aux enjeux de compétences et aux inégalités filles/garçons.

3. Accélérer la mise en œuvre d'actions pour promouvoir l'égalité filles / garçons, auprès des  corps enseignants et des parents sachant que le décalage garçons/filles sur ces sujets liés aux  maths commence dès l'âge de 6 /7 ans (3).

4. Se donner une ambition ferme, volontariste et à grande échelle à travers une loi de  programmation pluriannuelle d'orientation des compétences pour répondre aux enjeux de France 2030, en capitalisant sur les actions les plus impactantes proposées et mises en place  par les associations, les établissements d'enseignements supérieurs ou les entreprises.

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(*) Les cosignataires :

  • Ingénieurs Et Scientifiques de France (Iesf)
  • Cigref
  • Grandes Écoles aux Féminins (GEF)
  • Cercle interElles
  • Femmes@Numérique
  • Institut G9+
  • Conférence des Grandes Écoles (CGE)
  • Digital Ladies & Allies
Source : La tribune


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