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8 mars : publions les chiffres, car ce qui ne se compte pas ne compte pas.
Il y a quelques jours, l’OCDE a publié sur sa page LinkedIn des données montrant qu’en moyenne, dans les pays membres de l’OCDE, les femmes gagnent 10,3 % de moins que les hommes.
Malgré les progrès accomplis au fil des générations, les femmes continuent de s’en sortir moins bien que les hommes sur les marchés du travail. En 2023, l’écart salarial entre les sexes était de 11,5 % en moyenne dans l’ensemble de l’OCDE.
Autrement dit, une femme travaillant à temps plein gagne en moyenne 88 centimes pour chaque euro ou dollar gagné par un homme à salaire médian.
Cette situation ne représente qu’une amélioration relativement modeste depuis 2010, lorsque l’écart salarial entre les sexes était encore de 14 %.
Plusieurs facteurs expliquent cet écart salarial, notamment :
· la ségrégation horizontale et verticale dans les emplois,
· la discrimination,
· et surtout l’énorme inégalité dans la répartition du travail non rémunéré.
Dans la plupart des sociétés, les femmes consacrent encore beaucoup plus de temps que les hommes à la cuisine, au ménage, aux soins aux personnes âgées et à la garde des enfants. Cette réalité limite à la fois le temps qu’elles peuvent consacrer à un emploi rémunéré et leurs opportunités de progression professionnelle.
Selon la Banque mondiale, le taux d’activité des femmes en Afrique est de 36 %, le plus bas au monde, contre 57 % pour les hommes.
Pourtant, les femmes représentent plus de 50 % de la population du continent, mais ne génèrent qu’environ 33 % du PIB africain.
Les progrès en matière de parité hommes-femmes varient évidemment selon les régions et les pays africains. Cependant, des millions de femmes restent encore exclues des circuits économiques, en raison de nombreux obstacles. Ce qui constitue un énorme manque à gagner pour le continent.
Le baromètre sur « les enjeux et défis de la féminisation des postes dans les entreprises et institutions », réalisé en 2025 par le Cabinet Afrique RSE en collaboration avec le média Dirigeantes – leadership au féminin, met en évidence plusieurs freins majeurs à la féminisation des postes de responsabilité. Ces freins concernent également l’entrepreneuriat féminin.
Par ordre de priorité, on peut citer :
• Le difficile équilibre entre vie privée et vie professionnelle
• L’absence de formation et d’accompagnement en leadership
• L’absence de politiques de féminisation dans les organisations
• Le manque d’ambition perçu pour l’accès aux postes de décision
• Le manque de confiance en soi
• L’absence de quotas dans les instances de décision
• Le manque de visibilité des rôles modèles féminins
• Le harcèlement sexuel ou moral
Ces obstacles contribuent au manque d’épanouissement des femmes et à leur faible représentation dans la sphère économique.
« Ce qui ne se chiffre pas ne compte pas. »
Les bonnes décisions se prennent sur la base de données mesurables.
Plusieurs études démontrent d’ailleurs que la mixité est aussi un facteur de performance économique.
Une étude publiée par la Business School SKEMA montre notamment que plus la part de femmes dans les effectifs est élevée, plus la rentabilité opérationnelle des entreprises augmente.
La mixité dans le middle-management et dans les effectifs est fortement corrélée à la performance.
Ainsi :
· la présence des femmes dans les comités exécutifs présente un coefficient de corrélation de 0,4243 avec la rentabilité,
· au niveau des cadres et ingénieurs, le coefficient est de 0,3984.
Autrement dit, la féminisation n’est pas seulement une question d’équité : elle est aussi associée à la performance économique des organisations.
Selon le McKinsey Global Institute,la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes pourrait ajouter jusqu’à 12 000 milliards de dollars au PIB mondial.
Cela représente près de 11 % du PIB mondial.
L’égalité femmes-hommes n’est pas seulement une question sociale, c’est un levier massif de croissance économique.
Une étude du Boston Consulting Group montre que les entreprises ayant plus de femmes dans leurs équipes dirigeantes enregistrent jusqu’à 19 % de revenus supplémentaires provenant de l’innovation.
Les organisations mixtes sont plus innovantes et plus compétitives.
Au regard de ces retombées économiques et sociales, il est essentiel d’impliquer les femmes à tous les niveaux :Gouvernements, Sénats, Assemblées nationales, Patronats, entreprises, institutions,…
Il est également important de faire le point sur la représentativité des femmes dans les organisations.
La publication des données sur la représentation des femmes constitue donc un levier puissant pour une prise de conscience collective.
Elle pousse à davantage d’actions concrètes et de décisions structurantes.
Car sans chiffres, on ne peut rien changer. On navigue à vue, avec des discours vagues.
Un seul mot d’ordre :
si votre organisation est réellement engagée pour l’entrepreneuriat féminin et la féminisation des postes, qu’elle publie ses chiffres.
Que les entreprises publient leurs données.
Que les institutions publient leurs données.
Que les pays publient leurs données.
Le 8 mars doit être une journée de bilan et de réflexion, pas seulement une journée de célébration.
8 mars : publions les chiffres.
Avec le média Dirigeantes, les femmes comptent — et compteront bien au-delà du 8 mars.
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Bel Lauretta TENE
Co-fondatrice du média Dirigeantes, leadership au féminin
Auteure du livre « Le leadership défini par 100 dirigeantes africaines, américaines et européennes »
Disponible sur Amazon :https://lc.cx/C-9t2Q
Auteure du livre « Quand le mental devient une boussole… »
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Associée – Directrice Générale, Afrique RSE Congo