3 mois ago
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Women Washing ou ouverture sur l’égalité à Cannes ?

82 femmes Cannes
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Voici seulement trois ans, les rencontres et débats de professionnelles du cinéma à Cannes étaient rares. Aujourd’hui il y en a tous les jours ! Petit tour de piste pour différencier les actions concrètes du « women washing »…

82 femmes ont monté les marches ensemble au festival de Cannes pour que « ça change »… Et soudain un chiffre saute à la figure : les quatre « master classes » organisées par le festival de Cannes cette année (remplaçant l’unique leçon de cinéma des années précédentes) mettent en valeur quatre réalisateurs… Pas une seule réalisatrice ! Zéro. Un chiffre qui s’additionne à celui des femmes en compétition pour la palme –trois- et mesure le chemin qu’il reste à parcourir pour la parité dans le 7ème art.

Et pourtant que de bruit autour des femmes cette année ! Pas un jour de festival sans un débat ou une déclaration tonitruante. Après le « green washing », ou « écolo blanchiment », est-ce l’heure du « women washing » ou « blanchiment égalitaire » ?  Autrement dit, la mise en avant d’un positionnement en faveur de l’égalité femmes/hommes à des fins de marketing et communication. Ou bien les multiples manifestations amorceront-elles un véritable changement ?

La Croisette est une caisse de résonnance médiatique énorme avec 4500 journalistes accrédités… D’où l’importance de la montée des marches du samedi 12 mai dernier, des 82 femmes du cinéma réunies pour la projection des “Filles du soleil” de la Française Eva Husson.

Pourquoi 82 ? C’est le nombre de films de réalisatrices sélectionnés en compétition officielle depuis la création du festival en 1946 (soit 4,6% des concurrent.e.s).

Une déclaration collective pour l’égalité salariale a été lue en duo par la présidente du jury, Cate Blanchett et Agnès Varda. La cinéaste, qui fêtera ses 90 ans fin mai, a rappelé malicieusement que depuis 1946, seules deux Palmes d’or ont été remises à des réalisatrices : « celle de Jane Campion était une Palme ex aequo, et la mienne était  honoraire ».

Du concret !

Mais les 82 femmes qui ont posé ensemble sur les marches du palais des festivals ne font pas que de la communication. Elles veulent des engagements. Leur action a été coordonnée par le collectif 50/50 pour 2020, créé en février dernier au moment des César en France et réclamant l’égalité pour 2020 dans le monde du cinéma.

Ce même collectif organise lundi 14 mai une matinée consacrée aux femmes dans l’industrie du cinéma, en présence de la ministre de la Culture Françoise Nyssen qui est favorable aux quotas dans les organisations. Une charte pour la parité et la diversité dans les festivals de cinéma, d’audiovisuel et d’image animée y sera signée par les trois sélectionneurs masculins de Cannes, pour la compétition officielle, la Quinzaine et la Semaine de la critique.

Une action plus concrète que les débats aux questions souvent sans réponse qui se succèdent depuis le début du festival : « Les films ont-ils un sexe ? », « Existe-t-il un cinéma de femme ? » ou encore « Etre une femme au cinéma ».

Le collectif 50/50 pour 2020 a également collecté des chiffres éloquents sur la situation des femmes dans le cinéma dont une étude sur les festivals disponible ici.

Plus discrètement, les associations de professionnelles européennes sont plus mobilisées que jamais : EWA (European Women Network), WIFTI  (Women in Film & TV International) se retrouvent comme chaque année à Cannes. Les Suédoises sont venues évoquer la fameuse « clause d’inclusion » : l’Institut du film suédois a été le premier organisme public de financement du cinéma à imposer la parité des subventions entre hommes et femmes et ce depuis 2013.

En marge de ses « talks » au 7e étage du Majestic, Kering remet des prix financiers à de jeunes réalisatrices : la palestinienne Maysaloun Hamoud l’année dernière, l’espagnole Carla Simón cette année. Côté business français, la petite société indépendante Eroïn qui s’est spécialisée dans la production et la distribution de films de réalisatrices depuis six ans, a annoncé à Cannes ouvrir une antenne aux Etats-Unis parce que ce pays y était plus ouvert à ce type d’initiatives.

Un film sur l’affaire Weinstein… réalisé par une femme ?

Si la présence médiatique des combats féministes est si forte lors de ce 71èmefestival de Cannes, c’est aussi parce que la manifestation se tient six mois après l’affaire Weinstein et ses révélations sur le harcèlement et les viols que le producteur a fait subir à des dizaines de femmes. Avec les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, les répercussions ont depuis largement dépassé le monde du cinéma.

Fin avril, FranceInfo annonçait que l’histoire de cette enquête conjointe du New York Times et du New Yorker avait été achetée pour devenir un film produit par Annapurna Pictures et Plan B Entertainment (la société de Brad Pitt). La boucle est bouclée. Et notre question suivante sera : est-ce que ce film sera réalisé par une femme ?

Valérie Ganne

Source : Les Nouvelles News

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