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Roumanie : Viorica Dancila, première Première ministre

Viorica Dancila
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Viorica Dancila et Liviu Dragnea, le chef de file de son parti, le Parti social démocrate (PSD). Photo Octav Ganea. AFP

Pour la première fois de l’histoire de la Roumanie, une femme vient d’être nommée à la tête de l’exécutif. Au pouvoir, le Parti social-démocrate (PSD) a choisi l’eurodéputée Viorica Dancila (54 ans). Mais à Bucarest, pas un mot sur cette avancée historique, car Dancila, troisième à endosser la fonction en l’espace d’un an, arrive à un moment où le pays est secoué par de graves crises successives.

Après une semaine de tensions, Mihai Tudose, en poste depuis juin 2017, a présenté sa démission, poussé vers la sortie car il avait cherché à démettre la ministre de l’Intérieur Carmen Dan, accusée d’avoir caché des informations dans l’affaire d’un policier pédophile.

«La solution ultime»

Personne n’attendait Dancila à ce poste, et c’est sous la menace d’une procédure de destitution en cas de refus que le chef de l’Etat, le libéral Klaus Iohannis, a accepté de nommer l’europarlementaire. Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères Cristian Diaconescu, ce choix est «le résultat de tensions internes et n’a aucun lien avec les problèmes majeurs du pays».

Le professeur de sciences politiques Sergiu Miscoiu l’assure : «Madame Dancila est la solution ultime du PSD car c’est la seule qui n’est pas suspectée d’éventuelles infidélités envers son chef, Liviu Dragnea [à la tête du PSD et président de la Chambre des députés, ndlr] Proche de Dragnea, l’homme fort du pays, Dancila avait été envoyée à Bruxelles en guise de récompense pour sa fidélité. A présent, «c’est sa loyauté envers le parti qui lui vaut la place de Premier (ministre)», souligne Cristian Diaconescu.

Un choix stratégique

Mais Viorica Dancila est critiquée, y compris par son propre camp, pour le manque de consistance de ses interventions publiques. «C’est humiliant et vexant qu’une personne comme Dancila soit nommée au poste de chef du gouvernement. Elle ne sait même pas parler anglais», a fulminé son collègue du PSD, l’europarlementaire Catalin Ivan, sur la chaîne de télévision Romania TV. Cela revient à avoir Liviu Dragnea pour Premier».

Surnommée d’entrée de jeu «la porte-parole», Dancila signe avec son arrivé le retour du clan Dragnea à la tête du gouvernement. Et pour cause : le leader du PSD a toujours convoité le poste de Premier ministre. Une ambition impossible à réaliser en raison d’une condamnation pénale. Depuis la victoire de son parti aux législatives, il y a un an, Dragnea a tenté de nommer des Premiers ministres dociles. Sans grand succès. Dancila est donc son troisième et sans doute dernier essai, car Dragnea est attendu au tournant et «ses adversaires espèrent qu’il perdra sa place après l’échec de ce qui paraît comme un gouvernement incapable», analyse le politologue Alexandru Gussi.

Faisant face à une contestation massive contre les lois amputant la justice de son indépendance et les réformes fiscales, le PSD tente de redorer son image et éliminer toute opposition à long terme. Pour le parti, Dacian Ciolos, ancien Premier ministre intérimaire passé par Bruxelles – soutenu par la rue et qui prépare son retour – représente une menace, que pourrait être en mesure de contrer aux prochaines élections l’eurodéputée Dancila.

Elle représente donc un choix stratégique, d’autant plus que la Roumanie risque d’être convoquée par l’Union européenne en février pour répondre des lois sur la justice. Mais Dragnea pense également aux élections européennes de 2019 et espère que l’exemple de la nouvelle Première ministre récemment récompensée pour sa fidélité permettra de mettre au pas l’opposition qui gronde dans son propre camp. Les mandats à Bruxelles sont très convoités, surtout par les leaders PSD impliqués dans des affaires judiciaires qui rêvent d’immunité européenne.

Irène Costelian

Source : Libération

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