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Raya Haffar El-Hassan, la première femme ministre de l’Intérieur du Liban

raya al hassan
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Fraîchement élue à la tête du ministère de l’Intérieur libanais, Raya Haffar El-Hassan est la première femme à prendre les commandes de ce poste sensible. Portrait.

Le 31 janvier, Raya Haffar El-Hassan, 52 ans, a été nommée ministre de l’Intérieur au Liban. Une première dans le monde arabe et une lourde responsabilité dans une société patriarcale. «Je dois démontrer la capacité des femmes à assumer ce portefeuille exceptionnel», a-t-elle déclaré lors de la passation de pouvoir le 6 février. Parmi ses priorités, la femme politique entend accroître la coopération entre les services de sécurité sous son contrôle, améliorer les conditions de vie dans les prisons et renforcer le combat contre les violences faites aux femmes.

À ses côtés, trois autres femmes – sur trente portefeuilles – ont été nommées à la tête du nouvel exécutif. Un record en termes de représentation féminine au sein d’un gouvernement libanais, semble-t-il calculé par Saad Hariri, Premier ministre désireux de soigner son image. «Fidèle parmi ses fidèles», Raya Haffar El-Hassan s’est donc imposée naturellement à ses yeux.

Femme à multiples casquettes

Le gouvernement très féminin du Liban

Le nouveau gouvernement du Président du Conseil des ministres du Liban Saad Hariri compte quatre femmes ministres. Une première. (Baabda, 2 février 2019.) Dalati and Nohra / AFP

Née en 1967 à Tripoli, au nord du Liban, elle obtient à 20 ans une licence en gestion administrative de l’université américaine de Beyrouth avant de décrocher un master en finances à l’université George Washington en 1990. Raya Haffar El-Hassan arrive en politique deux ans plus tard «par accident», expliquait-elle à The National et gravit les échelons un à un. D’abord membre de l’équipe de l’ancien Premier ministre libanais à 25 ans, elle devient par la suite conseillère auprès du ministère de l’Économie en 2000 puis celle de Saad Hariri – alors Premier ministre – cinq ans plus tard.

En 2009, elle devient la première femme ministre des Finances dans le monde arabe, poste qu’elle conservera jusqu’en janvier 2011. Au sujet de cette nomination, elle confiait, modeste : «Il [Saad Hariri, NDLR] voulait une femme, qui plus est de Tripoli. C’est pour cette raison que j’ai été choisie.» Quatre ans plus tard, elle est nommée présidente de la zone économique spéciale de Tripoli et chargée de son développement, rapporte le quotidien spécialisé Le commerce du Levant. Mère de trois filles – aujourd’hui âgées de 25, 23 et 14 ans -, Raya Haffar El-Hassan concédait alors ne plus avoir une seconde à leur consacrer mais tenait à «leur montrer que ce pays rest[ait] un ancrage et un avenir.»

Prise de position remarquée

Peu chevronnée dans l’exercice des médias, Raya Haffar El-Hassan a dû s’endurcir pour faire face aux critiques. «Au bout de trois séances [d’interviews, NDLR], on parvient à surmonter la peur et on ne pense plus qu’à défendre ses convictions», poursuivait-elle dans L’Orient le jour. Malgré les attaques, la femme politique ne craint plus aujourd’hui de faire de vagues. Invitée sur Euronews ce vendredi 15 février, la ministre de l’Intérieur a fait part de son intention «d’ouvrir la porte au dialogue pour faire reconnaître le mariage civil au Liban», aujourd’hui interdit dans ce pays du Proche-Orient. Une prise de position remarquée et vivement commentée.

Figure pionnière de la politique libanaise, Raya Haffar El-Hassan entend bousculer les codes. Dans une interview à The National, elle déclarait peu après sa nomination : «Parce que je suis la première femme, je dois servir de modèle et prouver que les femmes occupant des postes habituellement pris par des hommes peuvent aussi bien faire le travail, si ce n’est mieux qu’eux.» Un exemple à suivre pour ses trois filles.

Mooréa Lahalle

Source : Le Figaro Madame

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