1 mois ago
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Pourquoi il faut arrêter de désigner les femmes comme “les épouses de”

Amal Clooney
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Il y a quelques jours, George Clooney s’est présenté comme “le mari d’Amal Clooney” à l’occasion des Variety’s Power of Women. Un geste qui n’est pas passé inaperçu et qui participe à l’empowerment des femmes. L’acteur donne ainsi l’exemple et devrait – on le pense – inspirer les hommes d’aujourd’hui. Retour sur le réflexe sexiste de désigner les femmes comme “les épouses de”.

Si la déclaration de George Clooney fait tant parler, c’est qu’elle ne devrait pas être considérée comme anodine. Elle est d’ailleurs survenue alors que l’acteur était invité aux Variety’s Power of Women, un événement annuel qui entend récompenser les femmes inspirantes d’Hollywood dont les efforts ont eu un impact significatif sur les oeuvres de bienfaisance, notamment pour la cause féminine.

Le plus célèbre des George était présent pour remettre un prix à la jeune lycéenne, survivante de la fusillade de Parkland, Emma Gonzalez, dont le discours à Fort Lauderlane contre les armes à feu, en février 2018, avait marqué les esprits. Il en a ainsi profité pour mettre en avant sa femme, qui n’a pu se rendre à l’événement, et a réaffirmé sa position contestataire contre la politique du président Trump.

Une démarche qui encourage l’empowerment des femmes

“Bonjour. Je suis George. Le mari d’Amal Clooney”. C’est en ces termes que l’acteur s’est présenté aux Variety’s Power of Women. Un choix de désignation intéressant. Il ne met ainsi pas sa propre notoriété en avant, mais celle de sa femme. Il faut dire que si l’acteur hollywoodien jouit d’une popularité retentissante en tant que sex symbol tout comme pour ses rôles au cinéma, Amal Clooney n’est pas en reste. Brillante avocate et militante des droits de l’homme, elle n’a pas attendu son mariage avec George Clooney pour se faire un nom.

Un geste qui change des conventions, pas franchement modernes, alors que les femmes mariées sont encore désignées comme “femme de”, périphrase encore très utilisée dans le langage courant et dans les médias.

Mettre fin à un réflexe sexiste

Inutile de préciser que cette pratique est directement issue du patriarcat. Il est ainsi très courant de lire ou d’entendre “unetelle est la femme de”, comme s’il s’agissait d’un quelconque prestige, comme si l’idée d’appartenance à un homme restait très ancrée. Cette dénomination est d’ailleurs très rarement utilisée pour les hommes mariés, voire pas du tout.

Reprise par le mouvement féministe Femmes Prévoyantes Socialistes (qui s’est livré à une analyse du sexisme dans la langue française), l’étude d’Eliane Viennot dans son livre “Non, le masculin ne l’emporte pas sur le sujet !” nous éclaire sur le sujet :

“Sous l’Ancien Régime, les femmes mariées conservaient généralement leur nom, ne prenant celui de leur mari que lorsque ce dernier portait un titre prestigieux. […] De la même façon, les hommes de la noblesse prenaient le titre de leur épouse quand il était plus élevé que le leur. […] Au sortir de la révolution en revanche, en lien avec la batterie de lois qui, dès 1789, enregistre la modification du rapport de force entre les sexes en faveur des hommes, l’habitude se prend pour les femmes mariées d’abandonner leur nom et jusqu’à leur prénom : on dira désormais Mme Emile de Girardin, traduction mécanique de la dépendance absolue des épouses instaurée par le Code civil”.

D’autre part, on peut voir cette dénomination poussée à l’extrême dans la série dystopique “La servante écarlate”, adaptation du roman de Margaret Atwood. Dans cette fiction, les droits des femmes sont sérieusement malmenés et ces dernières sont asservies, validées seulement pour leur rôle de reproductrice, perdant leur identité et prenant le nom de l’homme qu’elles servent précédé du pronom “De”. L’héroïne s’appelle ainsi “DeFred” (“Offred” en VO) soit l’appartenance de Fred. De cette manière, cette convention apparaît plus que jamais révoltante.

Certes, le geste de George Clooney n’a pas lancé une révolution, mais il interpelle tout de même. Il rappelle également que c’est en s’aidant femmes et hommes dans la lutte pour l’égalité des sexes que l’on favorise l’évolution. Espérons que cela inspire d’autres hommes !

Héloïse Famié-Galtier

Source : Puretrend

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