3 semaines ago
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Pour une plus grande parité dans les métiers du numérique

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Le marché de l’emploi n’est pas des plus paritaires. Certains secteurs et métiers sont majoritairement représentés par des hommes, d’autres par des femmes. L’informatique n’échappe pas à cette triste règle. Les hommes y sont plus nombreux et le fossé entre les hommes et les femmes se creuse depuis plusieurs années. Pour améliorer cette situation, des projets émergent sur le plan européen ; et au quotidien, chacun d’entre nous peut contribuer à faire bouger les lignes.

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De moins en moins de femmes dans le numérique

Lors de l’événement GEN qui s’est tenu mi-septembre à Metz, nous avons eu le plaisir d’assister à la conférence « L’Europe au féminin : quels défis et perspectives ». Mariya Gabriel, Commissaire européenne du numérique, a commencé par dresser le sombre état des lieux de la (non) parité dans ce secteur. Le terme « numérique » reste nébuleux : la plupart des chiffres clés cités ici sont issus de l’étude Les femmes à l’ère du numérique et concernent principalement les métiers les plus techniques, comme ceux de l’ingénierie informatique.

On estime qu’à l’heure actuelle, plus de 80 % des étudiants dans les filières informatiques sont des hommes. Ce ratio se retrouve peu ou prou lorsqu’on analyse le genre des salariés du secteur : 21,5 % des travailleurs du numérique sont des femmes. C’est encore plus marqué sur certains métiers : il suffit de regarder le pourcentage de femmes sur Stack Overflow : 10 %.

On pourrait croire qu’avec le temps, cette différence a tendance à diminuer ; dans les faits, le constat est tout autre. Au début des années 1980, les STIC (sciences et technologies de l’information et de la communication) faisaient partie des filières les plus mixtes. Les femmes y sont aujourd’hui largement minoritaires. D’autres chiffres permettent de mieux se représenter ces différences : 2,5 % des femmes diplômées dans l’Union européenne ont étudié les TIC et seules 0,6 % d’entre elles exercent un métier du numérique. Chez les hommes, 9,6 % des diplômés de l’UE ont étudié les TIC et 4,9 % exerce un métier du numérique.

Un coût économique estimé à 16 milliards d’euros par an

Les différences sont marquées à la sortie des études et elles se creusent tout au long de la carrière, notamment lorsque le premier enfant d’un foyer vient à naître. En 2015, 1,2 % des travailleurs masculins du numérique ont quitté leur profession entre 30 et 44 ans (âge où le développement professionnel atteint son paroxysme) ; contre 8,7 % de leurs homologues féminines (1,5 point de plus qu’en 2011). La perte de productivité annuelle liée aux femmes qui quittent leur travail dans le secteur du numérique est estimée à 16,1 milliards d’euros par an dans l’Union européenne.

Le numérique évoque tantôt un secteur, tantôt des métiers, tantôt des compétences. À ce sujet, bonne nouvelle : les compétences numériques de base sont autant maîtrisées par les hommes que par les femmes jusqu’à 55 ans (l’écart se creuse ensuite). Sur les compétences plus avancées, les femmes de moins de 24 ans sont meilleures que les hommes puis la tendance s’inverse.

En revanche, bien que les connaissances de base soient aussi bien intégrées par les femmes que par les hommes, « elles remettent souvent en question leurs compétences par rapport aux hommes ». Cette différence de perception est généralisée à l’ensemble des secteurs économiques, les études sur le sujet montrent que « les femmes ont tendance à amoindrir [davantage] leurs propres capacités et compétences » comparé aux hommes.

Des projets européens pour inverser la tendance

Pour favoriser la mixité dans les métiers du numérique, plusieurs initiatives européennes méritent d’être soulignées. Cette stratégie portée par Mariya Gabriel s’appuie sur trois piliers : combattre les stéréotypes, donner envie aux femmes de poursuivre leurs études dans les filières STEM (science, technology, engineering, mathematics) et favoriser l’innovation et l’entrepreneuriat féminin.

Des campagnes pour combattre les stéréotypes, répondant à la logique « si je peux le voir, je peux l’être » peuvent faire avancer les choses. Beaucoup de femmes ont été des pionnières dans le numérique, elles peuvent être des modèles pour les filles et les femmes d’aujourd’hui. Le fait de refuser de participer à des panels non-mixtes dans les conférences répond à cet objectif visant à ne pas exclure les femmes des interventions en public (campagne no women no panel).

Les ministres nationaux ont également été interpellés par une lettre co-écrite par les députés européens. Ils sont invités à adopter rapidement des actions pour augmenter le pourcentage de femmes dans les filières STEM. Les États-membres seront évalués sur la base de critères qui seront dévoilés dans les prochains jours. Des réseaux seront créés pour favoriser les échanges et aider celles qui s’intéressent aux métiers du numérique. Des entreprises se sont également engagées pour que les femmes soient mieux représentées sur les postes à responsabilité, mais ces prises de position sont aujourd’hui rares et pas toujours suivies de faits. Pour favoriser la gender equity, on devra sans doute passer par des mesures incitatives au niveau financier, les organisations à but lucratif étant relativement sensibles à ces leviers.

La mixité est l’affaire de tous

Ces mesures sont globalement saluées par la communauté numérique, notamment les professionnelles présentes lors de la table ronde organisée à Metz : Monique Mai (Orange, collectif WHAT, femmes mobiles), Lou Hamonic (Hub.brussels) et Amandine Laveau-Zimmerlé (SteelPC, Femina Tech). Elles insistent aussi sur l’importance du comportement de chacun, tout en pointant certains freins naturels à la mixité.

Au-delà du numérique, les femmes sont globalement sous-représentées aux postes à responsabilité, dans les entreprises comme les institutions. Êtes-vous capable de citer le nom d’une femme qui fut une jour Présidente de l’Assemblée nationale ? Ne vous creusez pas trop les méninges : les 246 personnes l’ayant présidée sont des hommes. Amandine Laveau-Zimmerlé rappelle que « les processus de renouvellement naturels prennent du temps » : la grande majorité des hommes sont convaincus de l’importance de la mixité sur la papier, mais peu seraient prêts à laisser leur place. Pour accélérer ce processus, on peut être tenté par le favoritisme – mais attention à ses travers : le fait de privilégier une femme plutôt qu’un homme, lorsque cet homme est plus compétent que cette femme, ne permet pas à cette femme d’être légitime et d’occuper son poste en toute confiance. La discrimination positive n’est sans doute pas la mesure la plus efficace.

Ces freins méritent d’être cités car ils expliquent en partie l’inertie que nous observons aujourd’hui. Mais ils ne doivent pas freiner notre envie de voir le numérique devenir plus paritaire. Cet état d’esprit doit être insufflé par tous, de l’open space – où les propos sexistes fusent dans beaucoup d’organisations – aux discussions que nous pouvons avoir, en tant qu’adultes, avec les enfants qui s’interrogent sur leur avenir. Combien de femmes étaient intéressées par des filières techniques avant de se raviser devant le discours dépassé de certains parents et autres conseillers d’orientation ? « Ce n’est pas pour toi. Il n’y a que des hommes. Tu vas t’ennuyer ». On propose rarement à ceux dont les résultats scolaires sont bons de s’orienter vers des métiers manuels. On propose rarement aux femmes de s’orienter vers des métiers techniques. On n’écoute pas les envies de chacun, on reproduit des modèles construits sur des préjugés douteux. Ça n’a pas de sens.

Vous êtes les bienvenues !

Le plafond de verre numérique existe tant qu’on l’entretient, c’est la volonté de chacun qui permettra de le casser. Le secteur a de nombreux atouts : une forte demande des entreprises qui peinent à recruter et des carrières qui évoluent au fil des envies tant les frontières entre les métiers s’avèrent poreuses. Le numérique a besoin de tous et cette diversité chez les concepteurs de produits et services permet aussi de proposer des solutions pensées pour tous les publics.

Pour vous donner une idée des opportunités qu’offre le digital, vous pouvez consulter nos offres d’emploi sur BDM/job et nos offres de formation sur Helloskills.io.

Si le digital vous intéresse, si vous pensez que ces métiers peuvent vous plaire, du marketing au développement web en passant par le design, discutez avec les professionnels du secteur et allez chercher l’information au-delà de vos cercles rapprochés si nécessaire. Le numérique a besoin de vous. Vous êtes les bienvenues.

Thomas Coëffé

Source : BDM

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