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Parité chez les eurodéputés: plus de femmes mais peu aux postes de pouvoir

Parite
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Si le Parlement européen est une des chambres les plus féminisées d’Europe, la parité n’y est pas encore atteinte et les femmes sont loin d’être majoritaires aux postes décisionnaires.

Quelle est la part de femmes au parlement européen? Quels postes occupent-elles? Y a-t-il une règle commune pour faire respecter la parité lors des élections? Alors que les citoyens européens doivent élire leurs futurs députés du 23 au 26 mai prochains, Le Figaro se penche sur la place des femmes dans cette chambre qui s’est féminisée au fil des décennies.

• Une féminisation continue du Parlement mais pas de parité

La parité n’est pas encore atteinte mais elle progresse. Depuis 1979, date du premier Parlement directement élu au suffrage universel, la proportion de femmes au sein de l’hémicycle n’a jamais cessé d’augmenter: commençant à 16,6%, elle atteignait le taux de 36,1% en février dernier.

Cette féminisation au cours des trente dernières années tient en partie au mode de scrutin à la proportionnelle qui a favorisé les partis alternatifs et contestataires, selon Willy Beauvallet, maître de conférences en science politique à l’université Lumière Lyon 2. «Les Verts, les partis d’extrême gauche ou encore les partis eurosceptiques et le Front national ont donc davantage investi ces élections car ils enregistraient des scores bien plus élevés que dans les scrutins nationaux», ajoute le chercheur. Cette prime aux partis alternatifs a facilité l’émergence des femmes au sein du Parlement. En effet, à la fin des années 1980, certains partis de gauche ont fait de la féminisation de leur liste un argument politique. «En France, dès 1989, et donc avant même la loi sur la parité, les Verts ont proposé une liste paritaire, ce qui a contribué à mettre ce sujet à l’agenda politique et poussé les autres à suivre le mouvement», raconte Willy Beauvallet.

Le contexte des années 1990 a été particulièrement propice à cette inflexion: en pleine «crise de la représentation», la classe politique cherchait à renouveler son personnel et la thématique de l’égalité des sexes connaissait un regain d’intérêt. Les partis plus implantés ont donc à leur tour proposé des listes paritaires. Le Parti socialiste l’a fait aux élections de 1994, suivis par la quasi-totalité des formations politiques en 1999, avant même que la loi de 2001 sur la parité ne soit adoptée en France. «Le Parlement européen était alors perçu par les partis traditionnels comme un espace moins prestigieux, idéal pour répondre à cet impératif de féminisation, sans remettre en cause les logiques d’attribution des postes de pouvoir au niveau national, souvent dédiés aux hommes», analyse le spécialiste, qui a observé un phénomène analogue dans d’autres pays européens.

• Peu de pays où la parité est respectée

Aucune règle commune n’impose la parité aux élections européennes. Ce sont les États membres qui obligent (ou non) les candidats à présenter des listes paritaires. Sur les 28 États membres que comptait encore l’UE il y a peu, 10 ont fixé des quotas. La France, la Belgique, l’Italie et le Luxembourg exigent qu’il y ait autant de candidats que de candidates. La Croatie, l’Espagne et la Slovénie fixent ce taux à 40% tandis que la Pologne l’établit à 35%. Enfin, le Portugal et la Grèce demandent qu’il y ait au moins 33% de candidates quand la Roumanie interdit les listes 100% masculine.

Mais attention, même si certains pays appliquent ces quotas, cela ne concerne que les listes et ne garantie en aucun cas l’élection des candidates. La parité est loin d’être assurée. La grande majorité des pays (23 pour être exact) sont proportionnellement plus représentés par des hommes que par des femmes. C’est particulièrement le cas dans les pays de l’Est, où la position de député européen y est très convoitée. «Le poste de parlementaire européen étant très bien rémunéré (environ 6800 euros par mois, nldr) comparé au niveau de salaire des pays de l’est, la compétition pour être élu au parlement européen y est sans doute plus féroce et peut se faire au détriment des femmes», fait remarquer Willy Beauvallet. Le tout dans un contexte où celles-ci restent minoritaires en politique.

À l’autre bout du spectre, trois pays font office d’exception: la Finlande, l’Irlande et la Croatie affichent plus d’élues que d’élus. Finalement, seules les délégations suédoise et maltaises sont parvenues à une égalité parfaite, selon des données de 2018 issues de l’Union européenne.

• Les élections européennes, plus favorables aux femmes

En 2018, 35,6% des eurodéputés étaient des femmes. Cette proportion reste plus élevée que dans les Parlements nationaux, où elles ne représentaient en moyenne «que» 27,8% des élus. Dans certains pays, les écarts sont même impressionnants. Comme à Malte où les femmes représentent la moitié des élus au parlement européen alors qu’elles ne sont que 12% à la chambre des représentants.

Les élections européennes seraient-elles plus favorables aux femmes que les élections nationales?«D’une certaine manière, oui», répond Willy Beauvallet. «Parce que le scrutin de liste à la proportionnelle à un tour est plus favorable à des partis alternatifs qui mettent davantage les femmes en avant sur leurs listes et parce que l’enjeu de la parité aux élections européennes a fini par s’imposer», complète-t-il.• Les femmes encore minoritaires aux postes décisionnaires

Si les femmes sont aujourd’hui plus nombreuses à être élues, elles ont plus de mal à occuper les postes de pouvoir. Pour rappel, seules deux femmes – Simone Veil en 1979 et Nicole Fontaine en 1999 – ont dirigé le Parlement européen ces quarante dernières années, contre 13 hommes. L’actuelle composition du bureau – organe qui dirige le Parlement et qui élabore son budget – illustre aussi le chemin qui reste à parcourir: son président est un homme ; sur 14 vices-présidents, cinq sont des femmes (elles étaient trois sous la législature précédente); et parmi les cinq questeurs, on compte deux élues. Autrement dit, sur 20 postes clés, 13 sont occupés par des hommes. En revanche, la parité est atteinte à la tête des 24 commissions: douze hommes et douze femmes se partagent la présidence de ces instances, chargées de préparer les travaux des séances plénières du Parlement.

«Les hommes s’imposent dans cette compétition, notamment parce qu’ils ont plus de ressources associées à l’expérience et à l’ancienneté», décrypte le sociologue de la politique. De fait, le chercheur a remarqué que les présidents de groupe comptaient 2,9 mandats à leur actif ; 2,6 pour les membres du bureau et 2,8 pour les présidents de commission, contre 1,55 en moyenne pour les élus sans responsabilité. En face, «les femmes sont globalement un peu plus jeunes, ont un peu moins d’expérience politique et moins d’ancienneté, ce qui les défavorise», complète le chercheur. En clair, «la logique qui leur a permis d’accéder à l’institution se retourne contre elle quand il s’agit de la diriger».

• Peu mieux faire dans certains groupes politiques

Une fois élues, les eurodéputées rejoignent des groupes parlementaires, formés en fonction des affinités politiques. Aujourd’hui, on en compte huit mais seuls deux d’entre eux sont dirigées par des femmes: le Groupe des Verts/Alliance libre européenne (Verts/ALE) est coprésidée par Ska Keller tandis que le groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche vert nordique (GUE/NGL) est dirigée par Gabriele Zimmer. Ce groupe est d’ailleurs le seul qui comporte une majorité des femmes (51,9%). Les autres varient entre 45,6 et 18,2%, les groupes plutôt classés à gauche étant plus enclins à la féminisation que ceux de droite.

• Et la France dans tout ça?

L’Hexagone fait mieux que la moyenne européenne mais n’atteint pas l’égalité parfaite. Avec pratiquement 42% de femmes à Strasbourg, la France se place donc en 7e position dans le classement des pays les plus paritaires. Alors que la proportion de femmes au Parlement européen est longtemps restée plus élevée que celle enregistrée à l’Assemblée nationale et au Sénat, les courbes ont fini par se rejoindre ces dernières années: il y a désormais pratiquement autant de femmes élues à l’échelle européenne (41,9%) que dans les assemblées nationales (40%). «Les logiques de féminisation à l’oeuvre au Parlement européen ont contribué à faire bouger les lignes du champ politique français», estime encore Willy Beauvallet.

En sera-t-il de même en 2019? Selon nos projections, basées sur celles du journaliste Laurent Boissieux qui a estimé le nombre de sièges qui seraient raflés par les différentes listes françaises, 38 femmes pourraient être élues en mai prochain. Soit 48% des sièges attribués à la France. La parité ne sera donc pas atteinte. Pour cela, il aurait fallu plus de femmes à la tête des listes éligibles. Elles ne sont que deux sur six.


Sources :

Willy Beauvallet et Sébastien Michon, L’impact du mode de scrutin européen sur l’élection des femmes au parlement européen en france: une dynamique associant règles juridiques et stratégies politiques – L’Harmattan – 2008

– Willy Beauvallet, Julien Boelart et Sébastien Michon,Qui contrôle le Parlement européen? Contribution à une sociologie du pouvoir dans l’Union européenne –

Yves Denéchère. Parité et droits des femmes dans l’Union Européenne (1992-2012). Les cahiersd’Histoire Immédiate, Groupe de recherche en histoire immédiate, 1992, pp.77-94

– Rapport – Women in the European Parliament – Union européenne. 8 mars 2018.

– Note – Women in parliamentsEuropean Parliamentary Research Service – Février 2019

– Briefing – European Parliament: Facts and Figures – European Parliamentary Research Service – Avril 2018

Caroline Piquet

Source : Le Figaro

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