2 mois ago
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Où sont les femmes en informatique ?

Magali Anderson
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Aux trophées des femmes de l’industrie, une grande partie des discours tournait autour du sujet des femmes dans les études STIM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques) – les intervenants disaient qu’ils souhaitaient recruter plus de femmes, mais qu’ils ne trouvaient pas de candidates à la sortie des écoles.

Si on regarde le nombre d’ingénieures qui sortent des écoles françaises, toutes spécialités confondues, le chiffre est en augmentation. Il serait plus juste de dire qu’il n’est pas en réduction.

D’après l’enquête IESF, le nombre de diplômées est passé de 4% en 1968 à 15% en 1985, et 28-29% depuis 2012. On a bien vu une féminisation de cette branche, même si on peut se demander pourquoi ce chiffre stagne depuis environ 5 ans.

Mais ma vraie question est : “Alors pourquoi une baisse dans les métiers de l’Informatique ?”

“L’informatique est le seul domaine où, après avoir été proportionnellement bien représentée, la part des femmes est en nette régression, alors que, dans toutes les filières scientifiques et techniques, elle augmente de 5 % en 1972 à 26 % en 2010”, relève Isabelle Collet, maîtresse d’enseignement et de recherche en sciences de l’éducation à l’université de Genève, dans “Le Monde”.

Et on ne parle pas de n’importe quelle baisse. On parle de moitié en 20 ans. Je me souviens dans mon école d’ingénieurs, la section “IF” était plutôt féminisée par rapport à nous les mécanos ! C’était il y 30 ans. Par exemple, INSA de Rennes : 55% de femmes en informatique en 1979 ; 50% en 1980… 14% en 2001 ! Elles se font battre par les femmes en Génie Civil et Urbanisme (25%) !

Les fameuses représentations genrées des métiers, qui découragent à un très jeune âge les petites filles de se lancer dans des études scientifiques, n’expliquent pas ce phénomène. Sinon ce serait un problème plus généralisé.

Les hypothèses existent, comme celle d’une image trop masculine de l’informatique, le fameux archétype du “Geek”, qui justifierait que les femmes ne s’y reconnaitraient pas. L’autre hypothèse est que c’était une discipline peu connue dans les années 70, donc qui n’attirait pas les hommes.

En continuant mes recherches, j’ai trouvé cet article qui date de 2014, “Quand les femmes ont-elles arrêté de coder ?”  que j’ai trouvé passionnant. Ce n’est peut-être qu’une partie de l’explication, mais cela vaut certainement le coup de s’y pencher quelques minutes.

Les pionniers de l’informatique étaient des pionnières.  Pendant longtemps, le nombre de femmes étudiant l’informatique augmentait plus rapidement que celui des hommes.

Et en 1984, quelque chose a changé. On a assisté à un plateau avant le grand plongeon.

Les chercheurs ont découvert que cela correspond à l’arrivée des ordinateurs personnels dans les foyers.

A ce moment de la lecture, vous devez, comme moi, être en train de vous gratter la tête et vous demander où cela nous emmène!
Mais l’explication qui s’ensuit tout en étant surprenante, fait tout à fait sens.

Au début, les PC étaient des jouets aux capacités très limitées. Des jouets qui avaient été genrés, avec des campagnes marketing quasiment exclusivement destinées aux garçons. C’est à partir de ce moment-là que les clichés s’installent.  Je me souviens très bien, en Terminale S, dans ces années-là, mes amis  garçons qui s’essayaient à la programmation de jeux basiques. Aucune fille ne passait ses loisirs à faire cela.

Sauf que pour les études d’informatique, il y avait maintenant un décalage entre les garçons et les filles.
Les garçons avaient été initiés. Avec le nivellement par le haut, les professeurs ont donc estimé que les bases étaient acquises et ont directement abordé le niveau “2”, laissant par la même, les filles sur le bord du chemin.

Maintenant, les institutions débordent d’idées novatrices pour renverser la tendance, mais il faudrait également apprendre de nos leçons et comprendre l’impact de ces jouets sur les filles et garçons.

Et c’est pour ça que les sites comme @PepiteSexiste sont importants, car des jouets faits pour les filles ou les garçons ont des conséquences sur les orientations scolaires que l’on sait maintenant chiffrer.

A noter – j’ai réussi à écrire tout un article sur les femmes dans l’informatique sans mentionner une seule fois Ada Lovelace…

Sources:
Cairn – Revue carrefours de l’éducation 2004 = La disparition des filles dans les études d’informatique : les conséquences d’un changement de représentation
National Public Radio – When women stopped coding

Magali Anderson

Directrice groupe Santé Sécurité LafargeHolcim

Magali Anderson est une pétroleuse : pionnière sur les plateformes pétrolières au Nigeria dès 22 ans ; 29 ans de carrière sur 4 continents ; des postes d’exécutif opérationnels, où elle a managé jusqu’à 12 000 personnes chez Schlumberger. Elle est Directrice groupe Santé Sécurité LafargeHolcim depuis octobre 2016. A travers son blog “La pétroleuse”, elle agit pour le développement des femmes dans l’industrie.

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