3 mois ago
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London Breed, première femme noire mairesse de San Francisco

London Breed
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Rare femme à la tête d’une grande ville américaine, Afro-Américaine issue d’un milieu modeste, l’édile démocrate élue le 5 juin a prévu de s’attaquer à deux gros chantiers : le nombre croissant de sans-abri et la pénurie de logements abordables.

San Francisco a un nouveau maire. C’est une femme et, pour la première fois, une Afro-américaine. London Breed, 43 ans, a été déclarée victorieuse de l’élection municipale du 5 juin devant trois autres démocrates. Le 11 juillet, elle a pris officiellement la succession d’Ed Lee, le premier maire d’origine chinoise, victime d’une crise cardiaque en décembre 2017. La ville californienne devient la seule des quinze plus grandes villes américaines à avoir une femme à sa tête. New York n’en a jamais eu, ni Los Angeles ou Philadelphie.

Dans une métropole où la population noire a été chassée par la gentrification, et ne représente plus que 5 % des habitants, London Breed a fait campagne sur son exemple personnel. Elevée par sa grand-mère dans un logement social dont la douche n’a jamais fonctionné, elle a vu sa sœur mourir d’overdose. Son frère est toujours en prison pour vol. Boursière, elle a réussi à aller au lycée, puis à l’université de Californie à Davis.

Favorable aux salles de shoot

Après un stage au service d’urbanisme du maire Willie Brown, en 1999, elle a gravi les échelons de l’administration municipale. Nommée en 2002 à la tête du centre culturel noir African American Art & Culture Complex, son premier geste a été de réparer les ascenseurs, de faire entrer la lumière et de repeindre la lugubre façade de couleurs vives. Sur le plan politique, elle s’est formée à l’institut Emerge California, une école pour femmes candidates, dont l’une des instigatrices est la sénatrice Kamala Harris, surnommée l’« Obama féminin », l’une des étoiles montantes d’un Parti démocrate orphelin de personnalités charismatiques, à deux ans de la campagne présidentielle de 2020.

Comme Kamala Harris, London Breed est jugée « modérée », ce qui, à l’échelle de San Francisco, ville qui n’a pas eu de maire républicain depuis 1964, signifie qu’elle est favorable à l’ouverture de centres où les consommateurs d’héroïne pourront s’injecter de la drogue sous supervision – une première aux Etats-Unis. Elle prend la tête de la ville à un moment critique. Après des années d’euphorie technologique, San Francisco est confrontée à un problème de sans-abri qui exaspère la population. Près de 7 500 personnes – dont beaucoup atteintes de troubles psychiatriques ou d’addictions – campent sur les trottoirs, y laissant seringues et excréments. Un symbole de plus en plus insupportable des inégalités, car la ville compte également 74 milliardaires parmi ses administrés, soit plus que Londres ou Moscou.

Prise en charge des soins psychiatriques

La nouvelle maire s’est donné un an pour éliminer les campements. Surtout, elle a proposé une réforme de la prise en charge des soins psychiatriques, réduits au minimum depuis la présidence de Ronald Reagan, dans les années 1980. Le placement d’office de ceux, nombreux, qui refusent d’aller dormir dans les abris municipaux, sera facilité. Une proposition très controversée.

L’autre grande question de la campagne a été la pénurie de logements abordables, dans une ville où le prix médian des maisons dépasse 1 million de dollars (868 000 euros). La démocrate était soutenue par le groupe Yimby (Yes In My BackYard), lancé par de jeunes employés des industries technologiques qui réclament la construction de tours d’appartements autour des centres de transport. A l’opposé : les écologistes et nombre de bobos veulent limiter le développement d’immeubles élevés, de peur de voir leur ville se transformer en un « Manhattan du Pacifique ».

Les entreprises technologiques avaient largement contribué à l’élection du maire précédent. Celui-ci leur avait consenti des avantages fiscaux s’ils s’installaient dans le centre-ville, une politique vue aujourd’hui comme ayant fait entrer les loups – Twitter, Airbnb, Uber et des dizaines de start-up – dans la bergerie. Cette fois, la « tech » est restée discrète, même si London Breed a reçu des soutiens financiers du cofondateur de Twitter Evan Williams et de Ron Conway, le puissant investisseur qui avait « fait » son prédécesseur. La nouvelle maire devra naviguer entre les écueils.

A l’heure de la propagation des robots de livraison et des trottinettes électriques, elle a promis de ne pas laisser les rues de San Francisco devenir « un laboratoire pour des technologies n’ayant pas fait leurs preuves ». Elle réclame aussi des géants de la « tech » qu’ils se mobilisent davantage pour aider les jeunes défavorisés.

Selon l’une de ses propositions de campagne, les lycéens de San Francisco auront droit à un stage – rémunéré – dans la société de leur choix. Elue pour terminer le mandat du maire disparu, London Breed a dix-neuf mois pour faire ses preuves.

Corine Lesnes

Source : Le Monde

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