1 année ago
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Les femmes entrepreneures se font plus nombreuses au Québec

Le Devoir1
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Les femmes sont plus nombreuses qu’auparavant à vouloir se lancer en affaires au Québec, même si plusieurs d’entre elles entretiennent encore le préjugé qu’elles seraient moins compétentes que les hommes en la matière.

La proportion de femmes chefs d’entreprise au Québec accuse toujours globalement le même retard sur les hommes qu’il y a huit ans, mais elle gagne du terrain chez les plus jeunes, rapporte une étude du Réseau M de la Fondation de l’entrepreneurship dévoilée mercredi et que ses auteurs présentent comme la plus importante réalisée à ce jour sur le sujet. Comme en 2009, les femmes représentent encore, en effet, environ 40 % de l’ensemble des propriétaires d’entreprise au Québec. Cette proportion est plus élevée cependant chez les chefs d’entreprise de 18-34 ans, à 43 %, et dépasse même celle des hommes dans les entreprises créées il y a moins d’un an, où la proportion est de 52 %.

43 %
Il s’agit du pourcentage de chefs d’entreprise qui sont des femmes dans la catégorie d’âge des 18-34 ans.

« C’est porteur d’espoir, mais on verra dans le temps si la tendance se maintient », a commenté dans un entretien téléphonique avec Le Devoir Rina Marchand, directrice principale à la Fondation de l’entrepreneurship, dont l’organisation s’associe encore cette année avec la Caisse de dépôt et placement du Québec, l’Institut d’entrepreneuriat Banque Nationale–HEC Montréal et la firme de sondage Léger Marketing pour produire cette nouvelle édition de son indice entrepreneurial québécois.

On estime que, si les femmes embrassaient la carrière de chef d’entreprise dans les mêmes proportions que les hommes (8,6 % en 2017 contre 5,3 % pour les femmes), on gagnerait des dizaines de milliers d’entreprises au Québec.

Ce qu’il y a de bien, c’est qu’un nombre grandissant de Québécois semblent tentés par l’aventure, la proportion d’entre eux exprimant l’intention de lancer leur propre entreprise ayant triplé de 7 % à 21 % depuis 2009. Cet appel semble particulièrement fort chez les 18-34 ans, où la proportion a bondi de 12 %, à 41 %. Ce qu’il y a de plus embêtant, ce n’est pas qu’un grand nombre de ces jeunes changeront d’idée en cours de chemin, mais que, encore une fois, moins de femmes semblent transportées par ce bel enthousiasme (33 % d’intention contre 48 % chez les hommes).

Les championnes qui se croyaient incompétentes

Ce déficit ne s’observe pas seulement au Québec et tient notamment à un sentiment d’incompétence de la part des femmes. La situation est telle que, chez les jeunes qui disent de pas avoir l’intention de se lancer en affaires, deux fois plus de femmes que d’hommes estiment que ces derniers résistent mieux au stress d’être à la tête d’une entreprise, trois fois plus pensent qu’ils sont naturellement meilleurs pour faire croître une compagnie, quatre fois plus croient qu’ils font de meilleurs négociateurs et six fois plus affirment qu’ils sont plus à l’aise dans l’incertitude.

« Le grand drame de cela, c’est qu’on a démontré que les femmes à la tête d’entreprises font aussi bien, et surpassent même souvent les hommes en matière d’aptitudes, d’ambitions, d’efforts et de performance », s’exclame Rina Marchand.

Ce sentiment d’incompétence des femmes s’atténue lorsqu’elles ont fait des études universitaires, mais surtout lorsqu’elles ont grandi dans des familles qui comptent déjà des entrepreneurs.

Une autre raison de la plus faible représentation des femmes dans le monde des affaires tient aussi au fait qu’elles cherchent plus que les hommes à concilier leurs vies professionnelle et familiale, a expliqué au Devoir Mihai Ibanescu, chercheur à l’Observatoire de l’Institut d’entrepreneuriat Banque Nationale–HEC Montréal. Cela explique notamment pourquoi la moitié des Québécoises entrepreneures sont en fait des travailleuses autonomes, parce qu’elles peuvent ainsi exercer un meilleur contrôle sur leur horaire. Cela explique aussi pourquoi les femmes sont plus nombreuses à vouloir se lancer en affaires avec leur conjoint.

« Et lorsqu’on est travailleur autonome, on peut plus facilement être amené à abandonner son projet d’entreprise pour accepter une bonne offre d’emploi », explique le chercheur.

Un peu moins de 35 % des femmes d’affaires sont quand même à la tête d’entreprises locales ou régionales qui comptent des employés et 9 % à la tête du même type d’entreprise, mais ouvertes aussi à l’international. Qualifiées dans l’étude de « chefs de file », ces dernières rapportent cependant travailler près de 60 heures par semaine (soit 10 heures de plus que les hommes) tout en consacrant 17 heures à leur famille (deux de plus que leurs homologues masculins).

Coup de pouce

Dans ce contexte, il faut présenter aux filles, dès le plus jeune âge, des modèles de femmes d’affaires qui ont réussi dans différents secteurs d’activités, différentes régions et à la tête de différentes sortes d’entreprises, plaide Rina Marchand. Il faut aussi les encourager à étudier dans les secteurs des sciences, de la finance et des technologies, qui débouchent souvent sur la création d’entreprises. Il faut également continuer de creuser la réalité encore mal comprise de l’entrepreneuriat au féminin.

Eric DESROSIERS, Le Devoir

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