3 mois ago
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La recette de Station F pour recruter 40% de femmes

Station F
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Au CES de Las Vegas, la faible présence de femmes entrepreneuses a relancé ce débat récurrent dans le secteur des nouvelles technologies. Si les femmes représentent autour de 35% des fondatrices d’entreprises dans les différentes études, elles ne sont que 17% à oser se lancer dans la tech. Une étude de la French tech de 2017 tablait même sur 90% d’hommes start-uppers. Pourtant, dans le plus gros incubateur du monde, Station F, les cofondatrices d’entreprises sont nombreuses. Son programme Founders en accueille même 40%. Un record. Comment Station F a-t-elle réussi cette prouesse ?

Une culture du « role model »

C’est d’abord un sujet qui tient à cœur la directrice de Station F, Roxanne Varza (en photo avec Xavier Niel). Elle a monté l’association Girls In Tech Paris en 2010, devenue StartHer depuis 2016, qui vise à susciter des vocations entrepreneuriales de femmes dans ce domaine.

Elle travaille donc à insuffler cette culture de la mixité au quotidien. Patronne médiatique, elle croit à l’importance des ” role models “, ces figures de proue qui vont inspirer d’autres femmes. Pour les échanges ” ask me anything ” ou Q&A avec des entrepreneurs aguerris, comme pour les workshops de Station F, elle veille à inviter régulièrement des femmes. Elle a donc reçu Sheryl Sandberg, la directrice générale de Facebook, l’année du lancement, Corinne Vigreux, cofondatrice du GPS Tomtom, l’ex-mannequin et entrepreneuse Nadia Vodianova à l’origine d’une application qui simplifie les dons aux associations. Ensuite, la diversité est un sujet perpétuellement pris en compte à Station F. Celle des origines sociales et ethniques passe, en partie, par le programme Fighters qui cherche à sélectionner des entrepreneurs issus des quartiers moins favorisés, mais veille aussi à accueillir des femmes dans le lot.

Un recrutement dans les lieux plus féminisés

Mais l’utilisation de quotas pour veiller à la parité n’est pas assumée. Roxanne Varza est  même réservée à ce sujet. « On n’a pas fait d’action spécifique, mais on a incité un maximum de femmes à postuler », expliquait Roxanne Varza au micro d’On n’arrête pas l’éco sur France Inter en novembre dernier. « Souvent les femmes veulent savoir qu’elles ont mérité leur place et pas la discrimination positive qui a joué en leur faveur ». Comment fonctionne donc cette incitation ? « Nous cherchons à recruter auprès d’incubateurs ou d’espaces où il y a plus de femmes que la moyenne, environ 30%. Nous sommes aussi en contact avec des réseaux d’entrepreneuses. C’est un public que nous cherchons à convaincre de postuler au programme Founders en priorité. C’est mathématique : à la fin, il y a une plus grande diversité », détaillait Station F dans une interview à Challenges en octobre 2018.

Le succès des entrepreneuses incubées

Ce choix de la féminisation à 40% est finalement un gage de succès, selon l’incubateur. Parmi les start-up qui ont fait les plus beaux parcours depuis l’ouverture du bâtiment, on retrouve celles montées par des équipes comprenant des femmes. L’entreprise d’intelligence artificielle Recast.AI, cofondée par Jasmine Anteunis et rachetée par le géant allemand du logiciel SAP pour plusieurs millions d’euros, a été la première « exit » de Station F. La deuxième exit, dont l’identité reste inconnue, avait aussi une femme aux manettes.

Succès médiatique et succès d’usage, l’application Yuka, qui permet de se renseigner sur les valeurs nutritives des aliments en scannant leurs codes barres, a été fondée par Julie Chapon. La plateforme de coiffure à domicile The Reporthair, riche de plus de 13 000 abonnés sur Instagram, a été fondée par deux jeunes femmes, Marie Herteloup et Sophie Cornay. Enfin Marjolaine Grondin, la fondatrice du bot Facebook de conversation Jam, a été la seule française à s’exprimer sur la scène de la grande conférence F8 dédiée aux développeurs de Facebook en 2018. Encourageant.

Léa Lejeune

Source : Challenge

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