1 année ago
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La mixité en entreprise, levier de l’ambition et de l’intelligence collective

Sophie BELLON
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A l’approche de la Journée Internationale des Droits de la Femme, je souhaite partager quelques-unes de mes réflexions sur le thème de la mixité et de la place des femmes dans le monde de l’entreprise.

Depuis de nombreuses années, il m’arrive bien souvent de me retrouver dans des situations où je suis la seule femme parmi les hommes, dans un avion, au restaurant pour un déjeuner d’affaires ou simplement lors d’une réunion. Chaque fois je m’en étonne : comment est-ce encore possible en 2017 ? Mon rôle de Présidente du Conseil d’administration de Sodexo fait que le type de situation auxquelles je suis exposée est sans doute peu représentatif de ce que vivent la majorité des femmes. Il est important de le reconnaître, de même qu’il est indispensable de mesurer combien j’ai été privilégiée dans la manière dont j’ai pu mener de front une carrière à haut niveau et une vie de famille épanouissante. Malgré tout, mon parcours de manager, au même titre que celui de bon nombre d’autres dirigeantes, a été à bien des égards un combat de tous les instants.

Le rappeler est utile, car si telle a été mon expérience dans des conditions favorables, il n’est pas difficile d’imaginer ce qu’il en est pour l’immense majorité des femmes.

On dit volontiers, à raison, que la diversité dans les entreprises est une source de richesse et de créativité, de performance collective. C’est vrai bien sûr, mais je refuse l’idée que c’est parce que les femmes sont susceptibles d’apporter des qualités particulières dont les hommes seraient dépourvus. Pas plus que l’absence de mixité ne vient du fait que les hommes sont hostiles à la place des femmes. Il faut se méfier des idées reçues. Par exemple, on entend souvent que les femmes s’autocensurent dans leurs ambitions professionnelles, qu’elles sont plus d’une à être surprises voire à refuser une promotion pensant qu’elles n’en sont pas capables ou que c’est incompatible avec leur vie de famille. C’est un fait, je l’ai vécu plus d’une fois dans mon passé de manager, mais le diagnostic est souvent erroné : l’autocensure n’est pas un trait de caractère féminin, c’est le fruit d’un conditionnement par lequel les femmes se sont habituées à faire ce qu’on attend d’elles (ou selon les cas, à ne pas faire ce qu’on n’attend pas d’elles).

Il est confortable de croire qu’il y a des qualités et des défauts strictement féminins et d’autres exclusivement masculins, mais c’est un frein au progrès. Cela légitime des politiques destinées à retrouver un équilibre acceptable d’hommes et de femmes à tous les niveaux de la hiérarchie qui, une fois atteint, permettra de se consacrer à autre chose. Cela fait de la diversité une finalité. Or je pense qu’elle relève avant tout d’un processus continu que nous ne devons cesser d’encourager et stimuler. Les quotas, parce qu’ils donnent des objectifs vers lesquels diriger les efforts, sont nécessaires. Mais ils ne constituent pas l’unique réponse aux enjeux de mixité et de leadership au féminin. Se prévaloir de bonnes statistiques ne vaut rien si la réalité vécue dans l’entreprise n’est pas celle d’une culture inclusive et qui engage en donnant de la place à l’ouverture, à la réciprocité et à la transparence.

La diversité et l’inclusion sont bénéfiques parce qu’elles créent dans les entreprises les conditions favorables au dialogue et à l’échange pouvant mener au questionnement de pratiques établies, à l’avènement de comportements différents, à de nouvelles formes de collaboration. Favoriser la mixité et l’avancement des femmes à tous les niveaux de la hiérarchie est un levier essentiel pour faire émerger et grandir un projet commun auquel chaque collaborateur contribue avec fierté.

L’entreprise, comme toute autre forme de société, ne peut évoluer durablement en mettant de côté la moitié des êtres humains qui la composent. La mixité hommes-femmes est incontournable, bien sûr parce qu’avant tout elle relève d’un impératif moral : le respect de l’être humain, et qu’en tant que telle elle exige un engagement fort. Elle est aussi, dans le contexte actuel où le travail en entreprise connaît de profondes mutations, le fondement de toute ambition managériale tournée vers la promotion d’une culture d’entreprise saine.

Aujourd’hui je crois qu’une prise de conscience s’opère. Nous progressons. Sodexo est une entreprise reconnue pour son engagement et j’en suis fière. Nos actions sont concrètes et s’illustrent par exemple à travers notre réseau SWIFt, un conseil consultatif consacré à assurer un meilleur équilibre entre les genres à tous les niveaux de l’organisation. Lancé en 2009, SWIFt rassemble 35 dirigeants, femmes et hommes, de 15 nationalités différentes. Nous avons montré qu’il est possible, à force de détermination, de faire évoluer la situation des femmes dans l’entreprise en particulier aux postes de management.

Dans beaucoup de grandes entreprises, la question porte de moins en moins sur le bien-fondé de la mixité. Ce combat-là au moins est en partie gagné. Les choses bougent mais lentement. Dans le cas de la mixité hommes-femmes, c’est d’autant plus vrai qu’il porte sur une évidence. Mais elle a été si longtemps ignorée, voire niée, que nous avons d’abord dû consacrer beaucoup de temps, à en dresser le constat.

Il nous reste maintenant beaucoup à faire sur le « comment ». Comment faire de la mixité une réalité et banaliser le sujet au point que nous n’ayons même plus besoin de la nommer ? C’est la prochaine marche.

Pour pouvoir s’y hisser, l’exemplarité des dirigeants demeure primordiale.

L’engagement des dirigeantes est, plus que jamais une nécessité : nous avons toutes et tous, à chaque étape de notre carrière, besoin de figures inspirantes qui partagent leur expérience, montrent le chemin et stimulent l’ambition. Il me semble que le rôle des leaders féminins doit aussi évoluer pour inciter celles qui n’ont pas encore atteint les postes les plus élevés à oser : oser s’imposer, se projeter dans la réussite, s’exprimer avec assertivité et confiance, exiger le respect. Ce n’est pas uniquement lorsque l’on est parvenue à un certain niveau de responsabilité que l’on peut s’autoriser à prendre la parole dans l’entreprise. La mixité ne doit plus être un combat de pionnières. C’est l’affaire de toutes et de tous. Car les hommes aussi sont concernés, au premier chef. Leur implication est indispensable, en tant que managers et collaborateurs bien sûr, mais aussi en tant que conjoints et en tant que pères. Il est de la responsabilité de chacun de contribuer au succès de toutes.

 Par Sophie Bellon,

Sophie Bellon est présidente du Conseil d’administration de Sodexo et Michel Landel, Directeur Général. Sodexo est leader mondial des services de Qualité de Vie et le 19e employeur mondial, fort de ses 425 000 collaborateurs venus des horizons les plus divers.

 

Source: Linkedin Sophie Bello,

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