2 années ago
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Etre une femme au travail, ça veut dire quoi aujourd’hui?

Laurence Kerjean1
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Un énième troll sur twitter, une UNE sur le ‘leadership au féminin’ et la journée internationale de l’entrepreunariat au féminin qui a lieu ce samedi 18 novembre, il n’en fallait pas beaucoup plus pour me pousser à partager.

Vaste et complexe sujet que celui de la place de la femme au travail, difficile à appréhender d’un seul angle alors je voudrais commencer par revenir rapidement sur ce qui me semble être à la base du sujet.

L’éducation à la source du mal-être ?

Pour bien comprendre la posture des femmes au travail, j’aimerais revenir sur ce qui conditionne d’une certaine manière les femmes à adopter un certain comportement professionnel, à savoir l’éducation.

A commencer par un point qui fait débat : le fait de genrer les offres. Je m’explique, pour décorer la chambre de votre enfant, vous avez le choix entre l’univers fille rose, poudré, éthéré ou l’univers garçon bleu, gris et coloré. Pas un réel problème, sauf que dès que vos enfants savent lire, difficile de les faire choisir dans l’univers qui n’est pas le leur, même si les couleurs, les matières ou les jouets leur plaisent. Une couette avec un dinosaure ? ‘ben non maman, regarde y’a écrit garçon, ce n’est pas pour moi’ .

L’exemple semble innocent mais il s’applique à tout : les vêtements, les jouets dans les œufs en chocolat ou le happymeal du McDo, et ne parlons pas des couleurs de lego ou autres jouets. Bref, commençons par la base et arrêtons cette absurde séparation des genres à tout va.

ATTENTION, il ne s’agit pas de nier le genre mais bien de permettre à chacun de faire des choix qui vont au-delà de ce que la société estime relever de son genre ; bref s’affranchir et affranchir nos chers enfants de ces fameux biais. Car il s’agit effectivement de biais de considération qui sont bien ancrés et ne semblent pas disparaître avec l’âge – au contraire – malgré de nombreuses initiatives qui vont dans le bons sens (merci Claude Terosier et Magicmakers !)  mais dès qu’il s’agit d’apprentissages et de jeux, on tombe immédiatement dans la caricature. Saviez-vous que le seul déguisement médical pour filles c’est infirmière, pas Docteur ?

Un peu comme la recherche de postes sur Linkedin. Prenez un gars et une fille, même lycée, même Bac, même mention, même école post-Bac et même mots clefs de recherche, Mr. se voit proposer des postes de Marketing Manager et Mme d’Assistante Chef de Produit. Sceptiques, les algorithmes sont sans biais pensez-vous ? Je vous invite à faire le test et à poster les résultats en commentaire de cet article.

Des décennies de comportements hostiles en milieu professionnels

Pas étonnant que dans ce monde fait pour les hommes les femmes aient longtemps cherché le contrôle total et veillé jalousement à leurs positions si rudement acquises, quitte à en être parfois encore plus dures envers leurs collègues du même sexe.

Venant de l’univers professionnel des cosmétiques et du luxe – environnement ô combien féminin- je peux malheureusement témoigner que les femmes entre elles savent être bien plus ‘vaches’ que les hommes – que ce soit par jalousie envers les nouvelles qui font des choix qu’elles-mêmes regrettent de ne pas avoir pu faire, par envie de revanche voire par désir inavoué de demeurer une des rares figures féminines en haut de l’échelle, une numéro UNE ….

Au-delà de ma propre expérience, travailler avec des femmes a souvent été synonyme de mauvaise ambiance et chaque conversation que je peux avoir avec des professionnel.les – tous secteurs confondus- confirme cela.

Peu importe les raisons à l’origine de ce constat, aujourd’hui je prends la plume (ou plutôt le clavier) car je suis heureuse de témoigner d’un changement de paradigme au féminin.

Une nouvelle génération de femmes 2.0

Je ne saurais dire si cela est dû à l’explosion de l’économie du partage qui semble déteindre sur la société au global, si c’est un ras-le-bol conscient de cette concurrence sans fin, ou tout simplement l’évolution naturelle des comportements mais j’ai l’impression de faire partie d’une nouvelle génération de femmes qui ont envie que cela change et agissent au quotidien en ce sens.

Ce changement a vraisemblablement vu le jour au sein de groupes de discrimination positive dédiés aux femmes à l’intérieur des entreprises (women empowerment clubs et autres assimilés), avant de progressivement gagner la sphère de l’enseignement – cf. le programme « Women, be European board ready» à l’ESSEC par exemple- jusqu’à atteindre le grand public avec notamment le Women’s Forum, sorte de DAVOS au féminin qui a lieu chaque année dans différentes villes du monde pour accompagner et mettre en lumière les femmes qui comptent, ou encore le 1er Women In Innovation Forum qui s’est tenu en avril dernier à NYC, à l’initiative de la brillante Catherine Barba.

Plus encore que cette effervescence événements et de discussions, ce qui m’interpelle c’est l’envie qu’ont toutes ces femmes de mettre en pratique la théorie en s’aidant, s’épaulant et se soutenant les unes les autres au quotidien, dans la vraie vie. Je le sais d’autant plus que j’ai la chance de faire partie et d’interagir au quotidien au sein de certains de ces réseaux.

Je me limiterai ici à citer les plus importants dans mon quotidien de femme entrepreneuse :

#1. le réseau Génération Start-uppeuses, émanation du livre du même titre de la professeure  et Dr Viviane de Beaufort que j’ai eu la chance de croiser lors du hackathon WINOV et qui m’a ouvert son réseau (et tout son univers, car elle fonctionne -comme beaucoup d’entre nous mesdames- au coup de cœur) et m’a permis de rejoindre ce groupe d’échanges entre start-uppeuses et expertes de tous horizons qui fonctionne grâce à la bienveillance de toutes et de chacune.

#2. Twitter, qu’on ne présente plus, et qui est pour moi un véritable réseau au sens où il permet la réappropriation de la sphère publique par ses utilisateur.trice.s via le partage d’info/ avis/opinion sans jugement ou objectif autre que l’échange, comme un salon de discussion ou un ancien boudoir.

C’est d’ailleurs via twitter que j’ai rencontré certaines des femmes les plus formidables de mon ‘réseau’ avec notamment le flashtweet et les DigitalLadies.

Le flashtweet, nouveau media digital créé par Emmanuelle Leneuf, a eu un énorme impact sur mon process de reconversion professionnelle et d’approfondissement de ma culture digitale et m’a également permis, via la constitution virtuelle de toute une communauté, de faire des rencontres qui auraient été par ailleurs impossibles. Où ailleurs qu’autour de ce RDV digital matinal en 10 tweets, aurais-je pu croiser Merete Buljo, Karine Lazimi, Nathalie Ollier, Mathilde Aubinaud, Christine Soto et Aurélie Jean (pour n’en citer que quelques-unes)

Toutes ces formidables nanas ont des profils aussi divers que variés et se rejoignent pourtant autour du digital comme outil d’innovation, notamment. Et c’est au détour d’un apéro #IRL (In Real Life) organisé par le flashtweet que la pétillante Merete Buljo a créé le groupe DigitalLadies, qui ne cesse depuis de s’étendre, et de favoriser les échanges décontractés entre ses membres.

Il m’a rarement été donné au cours de ma vie professionnelle de bénéficier d’autant de bienveillance, d’ouverture d’esprit et de partage de la part de femmes, et c’est assez rare pour que je le souligne car pour moi cela dénote d’un nouvel élan. Au-delà des apparences, des cultures et des réseaux préexistants, ces femmes se font confiance et sont dans l’échange quasi quotidien tant sur des sujets pro que perso.

Aussi je célèbre l’avènement de ces réseaux tant décriés qui permettent au quotidien de rencontrer, échanger et partager avec autant de profils brillants. Et à l’heure où notre gouvernement a créé un secrétariat d’Etat dédié à l’égalité hommes-femmes, je trouve important de souligner un tel changement positif, preuve que la société civile s’organise aussi efficacement.

Aujourd’hui j’ai envie de dire à toutes les générations de femmes qui nous ont ouvert la voie que le monde change et que grâce à elles, notre génération leur rendre hommage en construisant un futur plus ‘féminin’ sans être forcément féministe mais certainement plus généreux ; un futur où on n’a pas besoin d’être ‘un homme à temps plein’ pour s’en sortir et où au lieu de se faire concurrence, les femmes ont enfin compris qu’il valait mieux s’entraider pour avancer.

Laurence KERJEAN CEO & entrepreneur/ Digital Business Advocate/ Creative & analytical Marketer/ Public Speaker

Source : In

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