1 année ago
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Egalité hommes-femmes : un coup d’accélérateur s’impose

Eric labaye1
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Il y a 10 ans, McKinsey lançait son premier rapport, « Women Matter », qui analysait la place des femmes  dans les directions des entreprises en apportant des éclairages factuels sur l’importance de la mixité dans les instances dirigeantes des organisations.

Une décennie plus tard, de nombreux progrès ont été réalisés. L’égalité hommes-femmes est devenue un sujet incontournable pour les conseils d’administration et les actionnaires. De manière plus générale, dans la société, le lien entre diversité et performance économique fait l’objet d’un large consensus. Le débat sur une plus grande participation des femmes au monde du travail et au sein des directions générales est en effet progressivement passé de la question « pour quoi faire ? » à « comment faire ? » — et aujourd’hui à « comment accélérer les progrès ? ».

Il reste cependant fort à faire avant que la parité hommes-femmes ne devienne une réalité — et que cet objectif soit pleinement partagé — dans l’ensemble de la société et dans le microcosme de l’entreprise en particulier. Si les femmes représentent la moitié de la population mondiale en âge de travailler, elles ne contribuent qu’à seulement 37 % du PIB créé. Globalement, la population active compte 655 millions de femmes en moins que d’hommes. Même dans les pays à l’avant-garde du combat pour l’égalité hommes-femmes, les postes clés des entreprises se conjuguent encore largement au masculin. Aujourd’hui dans les 50 premières entreprises des pays du G20, par exemple, les femmes ne composent en moyenne que 17 % des conseils d’administration et elles sont plus rares encore (12 %) dans les comités exécutifs. La France fait partie des bons élèves en la matière (avec 39 % de femmes dans les conseils d’administration) et a fait des progrès palpables ces 10 dernières années, à l’instar des pays européens ayant instauré des quotas. Cependant, partout, les choses évoluent lentement au niveau des comités exécutifs où les femmes sont plus rares,  et la France ne fait pas exception à la règle (14 %).

Le cœur du problème n’est pas l’ambition professionnelle. En Europe, une large proportion de femmes (48 %) — presque autant que d’hommes (44 %) — aspirent à être promues et accéder à des postes de direction générale. Pourtant, plusieurs enquêtes récentes de McKinsey révèlent que les femmes sont moins confiantes que les hommes dans leurs chances d’y parvenir et ne sont que 25 % à les estimer positives, contre 42 % pour les hommes. Elles sont de fait bien souvent confrontées à des obstacles de nature diverse, à la fois visibles et invisibles : par exemple dans le monde, les femmes assument encore 75 % du travail non rémunéré (tâches ménagères, garde des enfants, support aux parents, etc.) et font face à des comportements et pratiques discriminatoires sur leur lieu de travail, liés à des préjugés conscients ou inconscients. Il n’y a pas un mais plusieurs plafonds de verre et les femmes sont sous-représentées aux différents échelons de l’entreprise : elles sont parfois moins nombreuses à être recrutées (en particulier dans le secteur scientifiques et technologiques) et, plus généralement, même lorsque qu’elles composent la moitié des effectifs à l’entrée, elles ne se hissent pas aux échelons intermédiaires et supérieurs au même rythme que les hommes.  Qui plus est, l’écart se creuse à chaque étape

Tout le monde est perdant in fine. D’après les recherches du McKinsey Global Institute, le potentiel économique lié à la réduction des inégalités hommes-femmes s’élève à 12 000 milliards de $ supplémentaires dans le PIB mondial en 2025, si tous les pays s’alignaient au niveau des plus vertueux en la matière dans chaque zone géographique. Une plus importante participation des femmes à la population active permettrait de contrebalancer le poids que fait peser sur le PIB national le vieillissement de la population dans certains pays, comme l’Allemagne, l’Italie et la Chine. Et au sein même des entreprises, des études McKinsey ont révélé qu’il existe une forte corrélation entre la présence de femmes à des postes de direction générale et l’amélioration des résultats financiers. L’une de nos études a ainsi mis en évidence un écart de de rentabilité des fonds propres de 47% entre les entreprises comptant le plus femmes au sein de leurs comités exécutifs et celles où il n’y en a aucune.

Comme faire pour aller de l’avant et accélérer les progrès vers la parité hommes-femmes ? Un certain nombre de mesures sociétales et institutionnelles ont démontré leur utilité, parmi lesquelles incitations fiscales et l’aide à la prise en charge des enfants, mais aussi lois visant à résorber les disparités salariales. De leurs côtés, nombreuses sont les entreprises à avoir mis en place des programmes destinés à promouvoir le rôle des femmes, notamment en matière de lutte contre les préjugés inconscients. Les politiques RH ont également une carte importante à jouer, en particulier en matière de processus de management et de flexibilité des carrières équitables pour les deux sexes, en proposant des congés de longue durée et des horaires de travail flexibles qui ne soient pas préjudiciables aux promotions futures. Dans la pratique, l’expérience montre cependant que pour obtenir de réelles avancées dans le monde de l’entreprise, l’engagement et l’implication de la direction générale en matière d’égalité hommes-femmes sont déterminants. Lorsqu’un DG ou ses proches collaborateurs font de la mixité une priorité stratégique et associent à leurs efforts tous les niveaux managériaux, et en particulier les cadres intermédiaires, leurs chances de succès sont bien meilleures. Un programme de transformation piloté au sommet de la pyramide et une mobilisation du management dans la durée changent vraiment la donne. Mais la patience reste de mise : trois à cinq années peuvent s’écouler avant que les programmes favorisant la mixité portent leurs fruits. Et même passé ce délai, les préjugés peuvent perdurer. Ainsi, aux Etats-Unis, 44 % des hommes estiment que mixité rime avec favoritisme.

Si nous sommes en droit de célébrer ce qui a été accompli ces 10 dernières années, l’heure n’est pas à l’autosatisfaction. Il reste bien du chemin à parcourir pour que l’égalité hommes-femmes se concrétise dans notre économie et nos entreprises. C’est un objectif que nous devons continuer à poursuivre, pas uniquement dans un souci d’équité vis-à-vis des femmes, mais dans l’intérêt de chacun d’entre nous.

Par  Eric LABAYE, Senior Partner (Director) at McKinsey & Company; Chairman McKinsey Global Institute

Source: Eric LABAYE

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