3 mois ago
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Egalité femmes – hommes en 2057, rêve ou cauchemar ?

Corinne Hirsch1
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L’an 2057, le management des organisations, et notamment des hommes, a bien changé.

Changé, depuis ces années du début du deuxième millénaire où un gouvernement a fait voter une loi en 2011 pour inciter les entreprises à féminiser leurs Conseils d’administration et où le gouvernement suivant (pourtant opposé) a pris le risque de constituer une équipe strictement paritaire et créer un ministère des droits des femmes de plein exercice.

Depuis, le mouvement s’est emballé.

Dans les entreprises, les femmes ont pris le pouvoir et représentent 87 % des comités de direction, elles gagnent 22% de plus que les hommes. Dans la sphère privée, elles n’assument plus que 18 % du temps domestique et familial, obligeant les hommes à revoir leur rapport au travail pour pouvoir assurer 82% de ces activités familiales. Ils réduisent leur temps de travail et représentent 82% des emplois à temps partiel, voire se retirent du marché du travail avec l’arrivée des enfants au foyer : leur taux d’activité tombe à 41 % avec trois enfants (dont un de moins de trois ans) alors que celui des femmes ne varie pas et reste aux alentours de 95%. Les hommes s’enfoncent dans la précarité : ils représentent 70% des travailleurs pauvres. A la retraite, ils ne disposent que de 932 euros en moyenne par mois, alors que les femmes touchent 1603 euros. Ils doivent aussi liquider leur retraite plus tard que les femmes du fait des arrêts de carrière liés à la paternité.

Le sexisme fait des ravages

80% des hommes salariés sont régulièrement confrontés à des attitudes ou des décisions sexistes. Surtout 93% estiment que ces agissements sexistes modifient négativement leur comportement au travail et 54% estiment avoir rencontré un frein professionnel en raison de leur sexe.

On ne compte plus les alertes faites auprès de l’instance de défense des droits, notamment pour les faits de discrimination en lien avec la paternité. Et n’importe quel homme pourra vous citer des remarques plus ou moins douteuses liées à sa condition d’homme : « Qu’est-ce que t’as à t’énerver, t’as encore tes choses ? », « C’est une grosse cliente, je compte sur toi pour faire péter le pantalon moulant », « Tu n’as pas besoin d’être augmenté, ta femme gagne bien sa vie », « C’est encore une réunion Desperate HouseHusbands », « Il est formidable ce mec, c’est une vraie gonzesse qui sait porter ses ovaires », « Une promotion ? alors que tu vas surement nous faire un enfant dans le dos bientôt ? ». Imaginez l’impact négatif pour les hommes sur la motivation et l’énergie au travail. N’hésitez pas non plus à en parler aux blonds, ils vous régaleront d’anecdotes.

Depuis quelques années, la prise de conscience s’installe

De grands cabinets de conseil ont convaincu les entreprises que ces déséquilibres entre les sexes, qui pénalisent les hommes, ont un impact négatif sur leurs profits. Quelques femmes dirigeantes pionnières ont engagé des plans pour revoir complètement les process RH et de management afin qu’ils ne véhiculent plus ni stéréotypes ni biais de sexe. On y exige maintenant que chaque promotion interne présente la candidature d’au moins un homme pour sortir du clonage et de l’entre soi des femmes, monostyle à chaussures à talons avec un sac à mains, qui occupent presque tous les postes à responsabilité. Elles ont mis en place des programmes adaptés au management des hommes afin qu’ils prennent en main leur destin et retrouvent le chemin du développement de carrière qui mène aux postes à responsabilité : les ateliers de développement personnel fleurissent (leadership au masculin, parler en public quand on est un homme), on autorise le télétravail et on capitalise sur les outils multimedia afin que les hommes puissent doubler plus facilement leur journée de travail et leur journée domestique, on créé des conciergerie pour aider les hommes dans leurs tâches domestiques, on incite les hommes à « oser » demander une promotion ou une augmentation, on les autorise à créer des réseaux d’hommes afin qu’ils ne se sentent plus seuls et comprennent l’importance de se mettre en visibilité et de trouver une mentore qui les prendra sous leur aile. Pourtant, les statistiques bougent peu : on reste autour de l’étiage 80 % de femmes et 20 % d’hommes pour la plupart des indicateurs de l’évolution professionnelle. Au rythme où vont les choses, les hommes n’atteindront pas l’égalité avec les femmes avant l’an 2200.

 Les modèles de management peuvent évoluer

Heureusement, une structure nouvelle « La Maison du Management » s’est donnée pour objectif de réfléchir au futur du management à l’horizon 2097. Gageons que de ses réflexions germera l’idée forte que les inégalités qui touchent les hommes dans le monde du travail, qui touchent la moitié masculine de l’humanité, doivent être combattues pas seulement pour des motifs économiques, mais pour une simple question de justice. Alors, on sortira des solutions individuelles à faire porter par les hommes afin qu’ils s’émancipent professionnellement, pour réfléchir toutes et tous ensemble à de nouveaux modèles d’organisations et de leadership qui valoriseront la mixité paritaire à tous les échelons de la société et dans tous les domaines : éducatifs, économiques, politiques, culturels ou médiatiques.

Rêvons un peu de cette utopie

Réduire les inégalités professionnelles qui touchent durement les hommes est atteignable, pour peu que les 90% de femmes qui dirigent notre monde de 2057 acceptent de céder un peu de leur pouvoir et comprennent qu’elles auront aussi à gagner dans un monde plus équilibré. On peut faire confiance à l’équipe de « La Maison du Management » qui s’est déjà engagée dans cette voie. Elle saura défendre l’importance de l’égalité entre les hommes et les femmes pour faire évoluer « le management des organisations et des personnes, femmes ou hommes, ensemble ».

Merci de m’avoir offert l’opportunité de partager ce moment d’humour, qui participera je l’espère à faire prendre conscience que les inégalités professionnelles subies par les femmes en 2017 pourraient s’apparenter à une sorte de cauchemar, si nous n’avions pas la conviction qu’il est possible de changer le paradigme.

Corinne HIRSCH, Fondatrice et Dirigeante de AEQUISO, Conseil en égalité professionnelle entre les femmes et les hommes

Source : In

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