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Côte d’Ivoire: Agnès Zou Gaoudé, première cheffe au pays des chefs

Agnes Zou Gaoude
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Agnès Zou Gaoudé est la première femme à diriger un village ivoirien. Entre émancipation et traditions, le combat pour l’égalité des sexes s’amorce difficilement quand la population ne subvient pas aux besoins vitaux.

A Glégouiné, dans l’ouest montagneux de la Côte d’Ivoire, le dialogue est devenu roi. Depuis 2013, ce village de 1500 habitants est dirigé par Agnès Zou Gaoudé, première femme du pays à accéder à ce poste traditionnellement réservé aux hommes.

La « cheffe de terre » de 71 ans a pour mission de régler les affaires courantes, faire remonter les problèmes aux plus hautes instances politiques, mais surtout préserver les richesses du village grâce à une connaissance précise de la répartition des terres entre les habitants.

Protéger les forêts

Des hectares précieux. Car l’agricultrice doit faire face aux investisseurs burkinabés et aux enfants sensibles à l’appât du gain. « J’ai arrangé le problème avec le fils de Gilbert », qui avait vendu la forêt à l’insu de son père, raconte Agnès Zou.

Depuis cinq ans, plusieurs fois par semaine, une vingtaine d’habitants se réunissent sous le préau, au centre du village. Des réunions organisées afin de régler les litiges familiaux, commerciaux ou fonciers, à l’amiable ou avec un peu d’argent.

Chaque matin avant d’aller aux champs, Agnès Zou passe « dans toutes les cours pour dire bonjour« . Le soir, il arrive qu’elle partage un verre de vin avec les jeunes du village.

Nous les femmes, on a nos droits

La cheffe aide personnellement les veuves. Grâce à elle, les femmes ont accédé à de nouveaux droits, à l’encontre des traditions patriarcales. Son amie Solange, qui a perdu son mari, peut désormais posséder des champs. « Depuis qu’elle a pris la terre, nous les femmes on a nos droits. Je peux nourrir mes enfants. C’est grâce à elle que j’ai eu tout ça« , se réjouit-elle.

Quant à Nathalie, 28 ans, mère de 5 enfants, l’accession au pouvoir d’une femme lui donne envie d’« encourager [ses] filles à aller à l’école » pour qu’elles connaissent un destin similaire.

Jean Glé, chef de canton, trouve que le village « fonctionne à merveille » depuis qu’Agnès Zou en est à la tête. Il estime que l’équilibre réside dans le respect mutuel entre la cheffe de terre et la population. « Au vu de ce qu’elle va faire, si ça prospère, les autres villages peuvent copier sur nous » et élire une femme, sourit-il.

Combats pas encore féministes

Agnès Zou oscille entre émancipation et tradition. La cheffe de terre est contre l’avortement et pour la polygamie. Elle énonce : « Nous sommes Africains, l’homme a droit à mille femmes. Certains hommes n’ont pas d’enfants mais ils travaillent, ils ont des plantations, alors ils sont obligés de prendre une autre femme. »

Avant de mener le combat de l’égalité des sexes, Agnès Zou doit régler les problèmes financiers de sa population. Comme reconstruire l’école, en partie détruite pendant la guerre de 2002. « Ce sont les moyens qui ne nous permettent pas d’avoir le même rôle que les hommes, il m’en faudrait plus pour m’occuper de mes femmes et de la jeunesse« , regrette-t-elle.

En Côte d’Ivoire, le pouvoir reste confisqué par les hommes. A l’Assemblée, on ne compte que 6 députées sur 252 élus.

Cinq ans après l’élection d’Agnès Zou, aucune autre femme n’est devenue cheffe de terre.

Amandine Réaux

Source : RTBF

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