2 années ago
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Adèle KAMTCHOUANG Présidente Directrice Générale de TROPIK INDUSTRIES

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L’histoire d’une femme forte qui passe de stagiaire à PDG
Adèle KAMTCHOUANG est une dirigeante de courage et d’exception. Elle commence comme stagiaire au sein du Groupe Unilever et en devient des années plus tard non seulement la PDG de Tropik-Industries mais également l’actionnaire majoritaire. Du succès du redressement de l’entreprise à l’ambition de féminisation du Conseil d’Administration.

Après son Baccalauréat obtenu au Lycée Général Leclerc à Yaoundé, Adèle KAMTCHOUANG réussit le concours d’entrée à l’École Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales (l’ESSEC) pour des études de Marketing. Elle y obtient son Diplôme d’Études Supérieures de Commerce (DESC) option Marketing en 1995. Pendant ses études, elle était également stagiaire à Unilever Cameroun.
À la fin de son stage, Unilever lui propose le poste de Responsable Transit en charge de l’approvisionnement des marchandises auprès des fournisseurs et dédouanement des conteneurs. Un métier différent de celui appris à l’école. Compte tenu de la conjoncture en matière d’emploi à cette époque, Adèle KAMTCHOUANG accepte l’offre et travaille pendant 4 ans à ce poste. Finalement, le transit devient sa passion. En 2000, elle est promue cadre et devient la Responsable Logistique à la tête de toute la chaîne logistique à savoir l’approvisionnement, le stockage, le calcul des coûts, la facturation et la livraison chez les clients.
Deux ans après, ses compétences sont récompensées par la nomination au poste de Directrice logistique. Elle devient ainsi l’unique femme membre du Comité de Direction (CODIR).
En 2010, pour des raisons qui lui sont propres, Unilever décide de se retirer du marché camerounais. C’est ainsi que son CODIR décide de racheter ses actions et Unilever leur confie la distribution de ses marques sur le territoire. Les cinq membres du CODIR dont Adèle KAMTCHOUANG changent la dénomination de l’entreprise qui devient donc TROPIK INDUSTRIES S.A. Sur décision du nouveau Président Directeur Général, Adèle KAMTCHOUANG devient la Directrice Générale Adjointe en charge de la Supply Chain. Pas facile devant un CODIR constitué essentiellement d’hommes. Adèle KAMTCHOUANG a su s’imposer et faire valoir ses compétences.
Deux ans plus tard, deux des membres du CODIR dont le Président Directeur Général décident de se retirer. Par une décision du conseil d’administration, Adèle KAMTCHOUANG devient donc la Présidente Directrice Générale et actionnaire majoritaire de TROPIK INDUSTRIES, avec 50 salariés. TROPIK INDUSTRIES est une organisation spécialisée dans l’import-export, la production et la grande distribution. Elle distribue pour plusieurs multinationales au Cameroun entre autres les groupes Unilever, Lesieur, Lactalis International, Marico etc..
D’une situation très critique en 2012 à celle bénéficiaire dès 2013
C’est après sa prise de fonction de PDG en 2012 que Adèle KAMTCHOUANG a mieux perçu la situation chaotique de l’entreprise et mesuré l’ampleur de la tâche : un résultat déficitaire trop important, des manques de trésorerie considérables, des grosses dettes auprès de plusieurs institutions bancaires, auprès des fournisseurs étrangers et locaux, plusieurs frais de douanes de marchandises à payer etc. bref, l’entreprise était pratiquement dans une situation de dépôt de bilan. Il a donc fallu prendre des mesures très difficiles pour remettre l’entreprise sur pied mais avec la forte volonté de préserver les acquis et les emplois des salariés au bas de la pyramide. La PDG va procéder en 5 étapes :
Premièrement : Nécessité d’un accompagnement bancaire important. Après multiples négociations auprès de plusieurs banques de la place, la PDG a réussi a obtenir un support financier très important, grâce à la ténacité dont elle faisait preuve, mais aussi au soutient d’Unilever auprès de ces institutions bancaires.
Deuxièmement : Réduction des charges du personnel. Tous les cadres de la société ont réduit les charges (salaires, téléphone, carburant) de plus de 30 % y compris la PDG qui a accepté que son salaire soit le 1⁄4 de celui de son prédécesseur. Elle a également obtenu l’approbation des actionnaires de ne pas toucher aux conditions salariales du « petit » personnel car il fallait qu’ils gardent espoir. Contrairement aux cadres, les salariés de catégorie inférieure n’ont pas été informés des difficultés de l’entreprise car il fallait maintenir leur motivation afin d’assurer la productivité. Il a donc fallu réduire le train de vie des cadres tout en conservant les avantages du personnel de catégorie inférieure (fête de fin d’année, arbre de noël et 13ème mois).
Troisièmement : Réduction des charges d’exploitation. La PDG a contacté tous les prestataires et les fournisseurs pour leurs expliquer clairement et de manière transparente la situation de l’entreprise ainsi que les risques encourus par chacun. Adèle KAMTCHOUANG a demandé à tous les partenaires et prestataires de fournir des efforts (réduction parfois de moitié des tarifs, report et allongement des délais de paiement, etc.) pour une durée d’un an. Ce qui a permis de réduire de manière significative les charges de l’entreprise.
Quatrièmement : Support du principal fournisseur. La PDG a demandé à UNILEVER, son principal partenaire un accompagnement total malgré la possibilité pour cette multinationale d’arrêter le partenariat avec TROPIK INDUSTRIES S.A au regard de sa situation. Unilever va lui faire confiance et va accepter de revoir certaines de ses conditions d’approvisionnement pour permettre à l’entreprise de se remettre en selle.
Cinquièmement : Réallocation des ressources. Une dizaine de salariés ont perdu leurs emplois au moment de la crise. La PDG s’est battue pour convaincre ses administrateurs de conserver un maximum de salariés car ces derniers voulaient une réduction pratiquement de moitié du personnel. A cause de ce sentiment maternel qui l’habite, Adèle KAMTCHOUANG estimait que le personnel n’y était pour rien dans la situation de l’entreprise et qu’il était injuste qu’il en paye le prix fort.
Cette stratégie structurée autour de ces cinq points va permettre à TROPIK INDUSTRIES S.A de redevenir une entreprise solvable qui respecte ses engagements avec des résultats immédiats. En 2013, l’entreprise va réaliser les bénéfices. S’en suivra également l’augmentation du Chiffre d’Affaires et des bénéfices. Toutes les dettes des prestataires et fournisseurs ont été remboursées et l’année dernière il y a eu une augmentation des salaires du personnel de l’ordre de 10 %.
Prochain combat d’Adèle KAMTCHOUANG : féminisation du CA
Malgré qu’elle soit actionnaire majoritaire, lors des Conseils d’Administration de TROPIK INDUSTRIES, la PDG se sent un peu seule car elle est l’unique femme sur les 5 membres. Il faut rappeler que UNILEVER a pesé de son poids pour sa nomination. Le prochain « combat » de la PDG comme elle l’appelle est l’augmentation du nombre de femme au CA. Mais pas n’importe lesquelles. Il s’agit de celles qui ont énormément contribué à traverser la tempête de 2012. Elles sont actuellement au Comité de Direction. TROPIK INDUSTRIES est l’une des rare entreprises africaines dont la représentativité des femmes au Comité de Direction est supérieure à celle des Hommes. En effet sur les 8 membres du CODIR, 6 sont des femmes. Le prochain combat d’Adèle KAMTCHOUANG est l’entrée au capital de ces dernières avec pour ambition la féminisation du CA.

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