1 année ago
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À Laon, les femmes moins bien payées que les hommes

Laon
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Depuis le 3 novembre dernier, à 11h44, les Françaises travaillent bénévolement d’après le site Les Glorieuses qui milite pour l’égalité salariale.

À Laon, si on applique le même calcul, les femmes auraient dû cesser de travailler le 23 novembre dernier. Alors que le gouvernement a récemment décrété l’égalité entre les hommes et les femmes « grande cause nationale », ici aussi des efforts restent à faire. Les Laonnoises touchent en moyenne 9.1 % de moins que les hommes d’après l’Insee. Un chiffre important, d’autant que le chômage concerne aussi près d’un tiers des Laonnoises en âge de travailler.

La CGT planche sur les disparités

Mais pour avancer, encore faut-il comprendre ce qu’il se passe. Et ce n’est pas toujours simple. «  Il est souvent difficile de pointer les inégalités entre les hommes et les femmes dans les entreprises, car ces différences ne sont pas toujours flagrantes. Même dans la fonction publique, il peut y avoir des différences, notamment dans l’avancement, alors que normalement il ne devrait pas y en avoir  », explique Marc Christodoulou, responsable local de la CGT. Même constat pour Yan Ruder, délégué CGT et élu municipal. «  Les causes sont multiples. Il y a beaucoup plus de femmes qui signent des temps partiels que d’hommes. Les femmes sont aussi plus sujettes à la double journée à cause de la charge des tâches domestiques. Et la maternité aussi à un impact sur une carrière. Le congé paternité devrait être élargi. Nous aimerions aussi proposer une charte éthique. Dans le Laonnois, ça n’a pas encore été fait.  »

Localement justement, peu d’entreprises sont transparentes sur cette question. Daunat, Noirot ou encore Bayer n’ont pas donné suite à nos sollicitations. Seule l’entreprise Fruits Rouges & Co, située sur le parc d’activités du Champ du Roy, a accepté de répondre à nos questions. Et pour cause, celle-ci s’engage depuis plusieurs années pour l’égalité professionnelle.

Chez Fruits rouges, c’est «acquis»

À travers sa certification RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) et son label « Entrepreneurs + engagés », Les Fruits rouges sont soumis à des audits annuels. «  Ces audits sont très complets pour évaluer nos bonnes pratiques. Avec ces audits, on ne peut pas se permettre de faire des différences entre les hommes et les femmes. L’égalité des salaires pour nous c’est de l’acquis  », assure la responsable de la communication Julie Fournier. Celle-ci ne fournit cependant aucune grille salariale, «  nous préférons rester discrets, mais nos labels prouvent notre bonne foi  », estime-t-elle. Ici 52 % des salariés sont d’ailleurs des femmes et les postes à responsabilités sont attribués aux deux sexes. À la tête du service produits frais se trouve un homme, tandis qu’au service surgelé c’est une femme qui s’occupe de gérer les équipes.

«Je ne suis pas particulièrement féministe, je trouve simplement normal et bon qu’il y ait des équipes mixtes, on ne veut pas tomber dans l’excès inverse» Sylvie Cathelain, PDG Fruits rouges & Co

«  Le secteur des fruits et légumes est en général très masculin mais pas ici, d’autant que notre directrice est une femme  », rappelle aussi la responsable communication. «  Ce n’est pas commun dans ce milieu  » selon elle. La PDG, Sylvie Cathelain, 52 ans, a en effet lancé cette entreprise au sortir de ses études d’ingénieur dans les années 1990 avec des associés. Pour elle, l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes coule de source, même si elle se refuse à commenter les statistiques de l’Insee.

Des femmes à tous les postes

«  Je ne suis pas particulièrement féministe, je trouve simplement normal et bon qu’il y ait des équipes mixtes, on ne veut pas tomber dans l’excès inverse. Quand nous faisons des formations, je m’assure aussi que tous les salariés y aient accès, homme ou femme.  » L’entreprise qui compte 180 salariés équivalents temps plein, a recruté 17 personnes cette année. Là encore, la présidente dit faire très attention à ce qu’il n’y ait pas de discrimination. «  Je reçois autant d’hommes que de femmes en entretien. Ce qui compte ce sont les compétences et le savoir être. Le secteur du fruit frais demande beaucoup d’investissement, beaucoup de temps. Quand il faut être à Rungis à 4 heures du matin ce n’est pas simple. Ici des personnes commencent très tôt, voire travaillent de nuit. Les femmes ne font pas exception, elles aussi se lèvent tôt. Aujourd’hui, des femmes conduisent aussi des camions, et ça ne pose pas de soucis  », assure la directrice.

Mais celle-ci reconnaît tout de même faire quelques exceptions : «  Parfois, quand il y a besoin de porter des charges qui demandent de la force physique, je vais faire en sorte de renforcer l’équipe avec un homme. Mais les femmes le font aussi, ce n’est pas un frein. On mixe. Ici, les gens sont souvent surpris de voir autant de femmes, pourtant c’est normal. Aujourd’hui, les femmes doivent évoluer comme les hommes dans le monde de l’entreprise  », tranche encore Sylvie Cathelain.

 Virginie GUENNEC

Source : L’Ardennais

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