Jeune femme en fauteuil, Charlotte de Vilmorin n’est pas une entrepreneuse comme une autre. Après des études dans l’école de communication Celsa, elle commence sa carrière dans la pub. Puis lance un blog humoristique, Wheelcome, pour raconter ses galères quotidiennes à Paris. En 2015, elle écrit « Ne dites pas à ma mère que je suis handicapée, elle me croit trapéziste dans un cirque » aux Editions Grasset. La même année, elle créé Wheeliz, premier site de location de voitures aménagées pour les personnes en fauteuil, entre particuliers.

#1 Tirer partie de sa singularité

Le souvenir le plus marquant de Charlotte de Vilmorin est certainement ce jour à l’école où une camarade a dit à l’institutrice qui demandait à la classe combien ils étaient : « On est 23 plus Charlotte ». D’abord effondrée, la petite fille s’est ressaisie, a décidé de regarder la vie avec optimisme et a fait de son handicap une force en devenant écrivaine et entrepreneuse. « Un jour j’ai voulu, sans succès, louer une voiture aménagée pour aller à un mariage. J’ai alors eu l’idée de Wheeliz. On entreprend jamais mieux que quand on répond à un besoin qui nous correspond à l’origine ! »

#2 Ne pas se laisser influencer

Charlotte de Vimorin a appris dès son enfance à gérer le regard des autres. Et à ne pas écouter les oiseaux de mauvais augure qui la croyaient incapable de s’envoler. « La première personne à qui j’ai parlé de mon projet m’a poliment écouté. Puis envoyé un mail où il m’a dit « écoute, la création d’entreprise, c’est le parcours du combattant pour quelqu’un dans ta condition physique. Tu ne vas pas y arriver. Vends ton idée à quelqu’un d’autre » ».

#3 Oser parler

Ce discours pour le moins déplacé n’a pas poussé Charlotte de Vilmorin dans le silence. Bien au contraire. « Après ce premier interlocuteur, je n’ai plus jamais entendu ce type de remarque. L’environnement start-up est très ouvert. Il faut foncer ! Beaucoup de porteurs de projet n’osent pas parler car ils ont peur qu’on leur pique leur idée. Mais une idée ne vaut rien si elle n’est pas exécutée ! Parler permet de débloquer toutes les situations, de rencontrer les bonnes personne, de créer les bonnes compétences. »

#4 Garder son sens de l’humour

Combien de lieux publics sans rampes d’accès, de voyages inconfortables coincée à côté des bagages ! La vie d’une personne en fauteuil est un vrai parcours d’obstacles. Charlotte de Vilmorin a choisi la bonne humeur. « Le corps impose des limites et rencontre beaucoup d’obstacles au quotidien. Il faut apprendre à les contourner et ne pas se laisser abattre. L’entrepreneuriat, c’est la même chose. Rien ne se passe jamais comme prévu. On a des problèmes de trésoreries, des complications administratives… Le business plan est un exercice de style plus qu’un vrai outil de pilotage ! Il faut prendre de la distance et ne pas gaspiller son énergie. »

#5 Etre tenace et inventif

Lancer un business sur une cible d’utilisateurs retreinte demande de l’ingéniosité. « Nous ne sommes clairement pas une cible média. Alors pour toucher notre marché de niche, nous avons utilisé tous les canaux possibles. Bien sûr, nous nous appuyons sur des partenaires, comme les collectivités territoriales qui travaillent avec notre public. Nous participons aux salons et produisons des vidéos humoristiques. Il faut frapper à toutes les portes et être le plus inventif possible. » Une ténacité qui paie. Forte d’une équipes de 11 personnes et d’une communauté de 5.500 utilisateurs, la start-up a levé un million d’euros cette année en 2017 auprès de Maif et Keolis pour lancer son développement en Europe. « Et nous avons été élus meilleur projet d’innovation sociale dans toute l’Europe par la Commission Européenne », conclut, avec fierté, Charlotte de Vilmorin.